SCÈNE I
IPllIGÉNIE, seule , prosternée au pied de [autel.
Grands dieus, dont en tremblant j'implore l'assistance, Daignez, en l'éprouvant, soutenir ma constance ; Du songe qui m'accable éclaircissez l'horreur : De vos profonds décrets est-il l'avant-coureur ?
SGÈÎS'E II.
IPHIGENIE, ISMÉNIE.
I s M É N F E , n" fond du théâtre. Quels douloureux accents me remplissent d'alarmes '. M'entends-je pas la voix d'iphigénie en larmes?
IPHIGENIE, 5e levant. ■ Est-ce toi, dont les soins me deviennent si chers, Qui seule à ma douleur restes dans l'univers ?
70 IPHIGENIE EN TAURIDE.
ISMÉNIE
Vous me faites frémir. Vers ces autels funèbres,
Rendus plus effrayants p^nr l'horreur des ténèbres,
Pâle et tremblante, hélas! que venez-vous chercher.
Vous qui le jour osez à peine en a|iprocher?
Aucun ordre sanglant n'a frajjpé mon oreille :
Du farouche Thoas la cruauté sommeille ;
Son cœur, qui veille en proie aux superstitions,
Avide par devoir du sang des nations,
Au pied de ces autels, du trouble qui le tue
N'assiège point encor Diane et sa statue.
Mais que vois-je? Vos sens d'épouvante frappés,
D'un nuage de pleurs vos yeux enveloppés...
IPHIGÉNIE
A la gloire des Grecs et du fils de Pelée,
Diane, que n'étois-je en Aulide immolée!
Ou que n'ai-je du moins, quand ta puissante main
Me transporta loin d'eux sous ce ciel inhumain ,
Subi la loi sanglante en ton nom établie
Contre les étrangers qu'elle te sacrifie!
O déesse !
' ISMÉNIE
Pourquoi lui reprocher toujours La trop juste pitié qui défendit vos jours? Craignez que sa bonté, si mal récompensée, A la fin , de vos pleurs ne se trouve offensée. Mais en ce jour naissant qui peut les redoubler? Est-ce le .sang qui doit sous \otre main couler? D'un cœur compatis.sant \ ictime déplorable, Hélas! auriez-vous vu l'étranger misérable,