ACTE I, SCENE II
Au pied (lu temple hier trouvé sans mouvement, Sur le sable étendu, privé de sentiment. Que, dans l'horrible excès du zèle qui l'enivre. Par d'homicides soins Thoas a fait revivre?
IPHir.ÉNIE.
Pourquoi l'aurois-je vu? IN'ai-je donc pas assez De la crainte des maux qui me sont annoncés? A quels pleurs éternels je semble être livrée! D'un trop crédule espoir me serois-je enivrée? O destin ! n'ai-je dû naître que pour souffrir? Me verrai-je toujours, sans vivre ni mourir. Dans ce temple de sang au meurtre assujettie. Traîner avec effort ma chaîne appesantie. Victime ;\ chaque instant d'un devoir odieux, L'horreur de la nature, et peut-être des dieux?
ISMÉME.
Quoi ! ne comptez-vous plus sur votre frère Oreste? Avez- vous oublié cet espoir qui vous reste?
IPHIGÉNI E.
Vain espoir! son trépas ne m'est que trop prédit. Un songe eucor présent à mon cœur interdit...
ISMÉME.
Pourquoi vous alarmer sur la foi d'un mensonge? Fille du roi des rois, devez- vous craindre un songe?
Le cœur des malheureux a tout à redouter. Jlais quel ressouvenir vient encor m'agiter? Quand , dans l'espoir fl:itteur d'un brillant liyménée . .le fus aux champs d'Aulide en triomphe amenée , De mes affreux destins fatal avant-coureur ,
Un songe également vint me remplir d'horreur; J'y vis d'Agamemnou la sanglante imposture: Je le vis à l'autel, outrageant la nature, D'un titre qu'il souilloit avidement jaloux, Me présenter la mort au lieu de mon époux.
Quel fantôme aujourd'hui , quel sinistre présage De vos sens égarés suspend encor l'usage? Osez me le tracer, soulagez votre cœur: Le récit de nos maux adoucit leur rigueur.
IPHIGÉNIE
Quel mélange inouï d'horreur et d'allégresse! Je revoyois les lieux si chers à ma tendresse; Au sein de la nature et de l'humanité, Je respirois le calme avec la liberté; Au fond de leur palais, rempli de leur puissance, Je cherchois les auteurs de ma triste naissance. Quand un bruit effrayant, des gouffres du trépas, S'eléve i^t fait trembler le marbre sous mes pas. D'une sombre vapeur l'air à l'insiant se couvre, La voûte du palais à longs sillons s'entrouvre; Je fuis, et la lueur d'un pâle et noir flambeau Ne me laisse plus voir qu'un horrible tombeau. En ce même moment un nouveau bruit s'élève; De ce vaste débris qu'avec peine il soulève , Sort un jeune inconnu, sanglant, pâle, meurtri ; Il m'appelle en poussant un lamentable cri : J'accours; et pleine encor du fatal ministère Dont je porte le joug, esclave involontaire. Ornant son front de fleurs et du bandeau mortel,