ACTE I, SCÈNE IV
Condamné par les dieux , et tout prêt d'expirer, \y ù peut naître l'effroi qu'il semble m'inspirer? D'où vient que tout me nuit, et srrl à me confondre''
IPHICÉ.ME. '
Sur vos troubles secrets que puis-je vous répondre,
Seigneur? Les dieux sont sourds à mes tristes accents;
Diane avec horreur repousse mou encens ;
Sous mes geuous tremblants l'autel fuit et s'entrouvre;
l.ix statue à mes yeux d'un voile épais se couvre;
Dans son propre aliment le feu sacré s'éteint.
Je ne sais, mais le sang dont cet autel est teint,
Ce sang de l'innocence aveuglément proscrite,
Loin d'apaiser les dieux, peut-être les irrite.
La vapeur de ce sang, par devoir répandu, A peut-être formé l'orage suspendu.
Je l'avouerai , je crains d'outrer leur privilège ; Je crains d'être à-la-fois barbare et sacrilège. Si l'organe qui parle à mon cœur éperdu Du vôtre également pouvoit être entendu, Votre zèle, seigneur, plus pur et moins austère, Ke feroit plus du meurtre un auguste mystère; Et ces autels de sang , effroi des malheureux, Seroieut, contre le sort, un asile pour eux. Même pour l'étranger qui vous paroîl à craindre, Et qui peut-être, helas! quel qu'il soit, n'est qu'à plaindre. Enfin, je ne sais trop si c'est les offenser; Mais , pour Thonneur des dieux, je n'oserois penser Qu'au gré des noirs transports d'une bizarre haine, Faisant de leurs autels une sanglante arène, Ils se plaisent sans hrmtc à voir le sang humain
^S IPHIGÉNIK EN TAURIDE.
Couler il longs ruisseaux sous ma tremblante main, A ces faroiifhes traits peul-on les reconnoître? Se pounoit-il, grands dieux, cjuavilissant votre être , Vous nous ordonnassiez, capricieux tyrans, D'expier nos forfaits par des Forfaits plus f>rands, Et que nous n'eussions droit à vos iiienfaits aucustes Qu'en osant mériter vos vengeances plus justes?
THOAS
Eh quoi! l'illusion d'un ccpur compatissant Vous fait-elle oublier l'oracle encor récent, Qui m'ôte avec le jour le sceptre et la statue, Si j)ar riiumanité mon ame combattue Dérobe au glaive saint un seul des étrangers Qu'auront fait échouer le sort et les dangers? C'est donc en me rendant à ses arrêts contraire Qu'aux vengeances du ciel on prétend me soustraire? Protecteur, dites-vous, des mortels innocents. Peut-il nous demander leur trépas pour encens? Sans doute qu'il le peut, puistju'il vous le demande; Et cet hommage est dû dès-lois qu'il le commande. Est-il quelque devoir qui l'oblige envers nous? Ve peut-il pas frapper sans mesurer ses' coups? Quoi! les peuples, armés du glaive de la guerre, De flots de sang humain pourront couvrir la terre! Leurs chefs ambitieux au soin de leur grandeur Pourront tout immoler dans li-ur aveugle ardeur! Nous-mêmes, dans le creux de nos antres sauvages, Novis pourrons subsister de meurtre et de ravages! ?vous pourrons dévorer nos ennemis vivants , Et nous désaltérer dans leurs crânes sanglants !