ACTE III, SCÈNE V. io
Hélas! je me flattois qu'au choix des dieux soumis,
Que respectant leur sang dans tes veines transmis,
Ton cœur s'éléveroil au-dessus de lui-même,
Et me feroit enfin revivre en ce que j'aime.
Mais tu ne veux que suivre en furieux mes pas,
Et me ravir, ingrat, le fruit de mon trépas.
Ah , dieux!... Mon cher Oreste! ah ! par pilié, par grâce,
Daigne pour ton ami survivre à ta ihsgrace ;
Qu'au gré des dieux, contents du supplice où je cours ,
De tes tristes fureurs je termine le cours!
Faut-il, pour triom[iher de ton humeur altière,
Qu'avec Agamemnon et sa famille entière.
Qu'avec toute la Grèce, unie à tes malheurs.
Je tombe à tes genoux, et d'un torrent de pleurs...
ORESTE
Arrête. Jusque-là peux-tu pousser l'injure? Au pied de ces autels veux-tu qu'enfin j'abjure Tous ces serments si chers et si multipliés. Par qui nos cœurs s'étoientl'un à l'autre liés? Barbare!... Ah!... je succombe à ce dernier outrage... Yois mon horrible état, vois ton horrible ouvrage... Je ne me connois plus... Mais, loin de s'adoucir, Ton inflexible cœur semble encor s'endurcir... Eh bien ! je vais, sauvant un crime à la prétresse, Lui découvrir le mien, et l'horreur qui me presse, L'obliger, par devoir, à révoquer son choix.
PYLADE
Ami, que vas-tu faire? ah, ciel!
ORESTE
Ce que je dois.
io6 IPHIGÉNIE EN TAUP.IDE.
Ah! quel délire affreux! ijuelle rage ennemie! Achéfe-t-on la mort au prix de l'infamie? De toi-même, grands dieux! porteras-tu l'ouMi Jusqu'à vouloir mourir dans l'opprobre avili?
ou EST K.
D'est toi qui m'y contrains. Ton aveugle injustice Impose à ma vertu ce honteux sacrifice.
PYLADE
Moi, juste ciel !
Tranchons d'inutiles discours:
Ou jure-moi de fuir le trépas où tu cours, Ou j'achète à ce prix la mort que je mérite ; Jeu atteste les dieux, que mon aspect irrite.
PYLADE
Peux-tu jurer ta honte?
OR ES TE
Eh! c'est toi qui la veux.
Oui, je le jure encore, ou réponds à mes vœux; Je me déclare un monstre abhorrant la lumière, Qui s'est fait un tombeau de la nature entière ; Je dis qui m'a fait naître, et qui j'ai fait périr: Et si de cet aveu je ne dois pas mourir, Si la prétresse encore est pour moi combattue. J'accepte ses bienfaits... je m immole à ta vue. Si cette main balance, 6 terre! entr'ouvre-toi, Et vous, qui m'entendez, ô cieux! écrasez-moi.
PYLADE
Je frémis! Qu'opposer à sa rage insensée?