‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 108 sur 201 · ACTE 111, fcCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE 111, fcCÈNE VI

CÉCILE

Vous devez le supposer.

LE COMM ANHEUB.

Mais tu ne me demandes pas ce (ju il faudi ou faire ?

CÉCILE

Vous ne me le laisserez pas ignorer.

Tu as raison. Eh bien! il faudroit te rapprocher de Germeuil. C'est un mariage auquel ton père ne consentira pas sans la dernière répugnance ; mais je parlerai, je lèverai les obstacles : si tu veux , j'en fais mon affaire.

CÉCILE

Vous me conseilleriez de penser à quelqu'un qui ne seroit pas du choix de mon père ?

LE COMMANDEUll.

Il n'est pas riche , tout tient à cela ; mais je te l'ai dit, ton frère ne m'est plus, rien, et je vous assurerai tout mon bien. Cécile, cela vaut la peine d'y réfléchir.

CÉCILE

Moi , que je dépouille mon frère !

LE COMMANDEUR

Qu'appelles -tu, dépouiller? Je ne vous dois rien. Ma fortune est à moi, et elle me coûte assez pour en disposer à mon gré.

i7< LE PÈRE DE FAMILLE.

CÉCILE

Mon oncle, je n'examinerai point jusqu'où les parents sont les maîtres de leur fortune, et s'ils peuvent, sans injustice, la transporter où il leur plaît. Je sais que je ne pourrois accepter la vôtre sans honte, et c'en est assez pour moi.

LE COMMANDECll.

Et tu crois que Saint-Albin en feroit autant pour sa sœur?

Je connois mon frère; et, s'il ëtoit ici, nous Il aurions tous les deux qu'une voix.

LE COMM.\.\DEUR

Et que me diriez-vous?

CÉCILE

Monsieur le commandeur, ne me pressez pas : je suis vraie.

LE COMMANBEUB.

Tant mieux; parle, j'aime la ve'ritë. Tu dis?

CÉCILE

Que c'est une inhumanité' sans exemple que d'avoir en province des parents plonye's dans l'iudijjence, que vous frustrez d'une fortune qui leur appartient, et dont ils eut un besoin si grand, (jue nous ne voulons , ni mon frère, ni moi , d'un bien qu'il faudroit restituer à ceux à qui les lois delà nature et de la socii-tè l'ont destiné.

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