‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 107 sur 201 · CÉCILE, LE COMMANDEUR · texte numérisé non relu

CÉCILE, LE COMMANDEUR

LE COMMANDEUR, à Sa manière.

Cécile , te voilà seule ?

CÉCILE, (Tiuie voix altérée.

Oui, mon cher oncle. C'est assez mon goût.

LE COMMANDEUR

Je te croyois avec l'ami.

CÉCILE

Qui ? l'ami ?

LE COMMA^DEUR

Eh ! Geimeuil.

CÉCILE

il vient de sortir.

LE COMMANDEUR

Que te disoit-il ? Que lui disois-tu ?

CÉCILE

Des choses déplaisantes, commo c'est sa coutume.

i7i LE PÈRE DE FAM.ILLE.

LE COMMANDEUR

Je ne vous conçois pas. Vous ne pouvez vous accorder un momeat ; cela me fâche. Il a de l'esprit, des talents, des connoissances, des mœurs dont je fais grand cas. Point de fortune à lavérité, mais de Ja naissance. Je l'estime, et je lui ai conseillé de penser à toi.

Qu'appelez-vous, penser à moi?

LE COMMANDEUR

Cela s'entend. Tu n'as pas résolu de rester fille apparemment?

CÉCILE

Pardonnez -moi, monsieur, c'est mon projet.

LE COMMANDEUR

Cécile, veux-tu que je te parle à cœur ouvert? Je suis entièrement détaché de ton frère : c'est une ame dure, un esprit intraitable; et il vient encore tout-à-l'heure d'en user avec moi d'une manière indigne, et que je ne lui pardonnerai de ma vie... Il peut à présent courir tant qu'il voudra, après la créature dont il s'est entêté, je ne m'en soucie plus... On se lasse à la fin d'être bon... Toute ma tendresse s'est retirée sur toi, ma chère nièce... Si tu voulois un peu ton bonheur, celui de ton père et le mien...

Page 1