‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 180 sur 201 · SCÈNE Vin · texte numérisé non relu

SCÈNE Vin

l'abbé, alsmène.

Vous croyez aux médecins, madame?

Comme aux abbés.

l'abbé.

Toujours méchante.

LE M É DEC IN

Gomment donc ! quelles sont ces indociles maladies que notre sagacité ne peut réduire ? Oh '. nous en viendrons à bout, madame... Voyons... Justement... l'estomac délabré... et l'appétit?

AR/ MINTE.

Est-ce qu'on mange?

LE MÉDECIN

Crachez-vous ?

Je crois que oui.

LE MÉDECIN

Tant mieux. Poursuivons... Nous avons des nuages devant les yeux , des disparates dans la tète?

ARAMINTE

Précisément.

LE MÉDECIN

Je l'aurois gagé... Allons, allons, il faut prendre un parti sérieux : il faut du régime, se mettre à l'eau de poulet. Je vous jure qu'avec des bols

de savon nous parviendrons à atténuer ces humeurs errantes.

LISIDOR.

Des bols de savon?

LE MÉDECIN

Oui, monsieur; c'est un spécifique divin, que depuis deux ans je réussis à mettre à la mode. Les anciennes drogues dont nos ancêtres faisoient usage pouvoient convenir à leurs santés robustes et grossières : mais aujourd'hui tout doit être soumis aux lois de notre délicatesse et de nos grâces. Voudriez-vous, par exemple, que je déchirasse l'estomac d'une jolie malade avec du miel aérien, qui ne purge que par indigestion? l'abbé.

Oserois-je vous demander, monsieur, ce que c'est que du miel aérien ?

LE MÉDECIN

C'est delà manne, monsieur l'abbé, c'est de la manne. Non seulement nous avons renoncé aux drogues antiques, mais nous avons encore changé leurs dénominations vulgaires.

AR AMINTE

Il est charmant.

DAM ON, à part.

Oh! des gens aussi superficiels ne sentiront jamais les beautés mâles de ma tragédie.

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