‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 181 sur 201 · SCÈNE VllI · texte numérisé non relu

SCÈNE VllI

LE MÉDECIN, rt Ismène.

Et vous, madame, pour lier c.onuoissance , ii'avez-vous pas quelque confidence à me faire?

ISMÈNE

Mais vraiment oui.

l'abbé.

Vous allez aussi consulter?

ISMÈNE

Sans doute j ne me connoissez-vous pas de la langueur, des tiraillements?

l'abbé, rt part.

Je n'y tiens plus. (//5e lève, se promène , ouvre des livres de musique, prend une (juitare.)

LE MÉDECIN

Doucement, s'il vous plaît, madame , doucement. De la pesanteur, dites-vous ; des dc'goûts... M'y voici... Quelques éblouissements... des impatiences de fibres. . . Vapeurs que tout cela , vapeurs... Le fluide nerveux que la chaleur électrise... des nerfs qui se crispent... une sorte de spasme... Vous portez sur vous des eaux de Cologne , de fleur d'orange ?

ISMÈNE

Toujours.

LE MÉDECIN

C'est bon. Il faut conserver cet usage-là. J'irai demain matin vous faire ma cour; je serai bien

aise de vous voir un peu assidiiment , afin île mieux étudier les causes de votre état. LisiDOn, n Lucile.

Le ridicule personnage !

C m A LISE.

Plus je l'écoute, plus il m'enchante.

D.\MON, en se levant.

Comme les moments s'écoulent ! Si vous vouliez permettre, mesdames...

ARAMINTE

Ah! de grâce, monsieur Damon, quartier. Laissez-nous jouir du cher docteur.

DAMON, à part.

J'enrage; où me suis-je fourré?

LE MÉnECIK.

Et vous, belle Cidalise?

CIDALISE

Je ne suis guère mieux.

LE MÉDECIN

Je le crois. C'est contre mon avis que vous avez fait éventer la veine. Mais voilà comme vous êtes, mesdames : depuis que votre petit chirurgien s'est donné le renom d'un joli saigneur, il vous fait tourner la cervelle... Je devrois, pour vous punir, vous abandonner à sa lancette inhumaine , vous laisser épuiser jusqu'au blanc ; mais vous êtes si intéressantes! Voyons ce pouls; il est fré-

SCi%NE Vin. nKg

([lient, mais q],al; l'appétit, je parie, modeste, mais fraiie; et le sommeil rare, mais doré. Je ne vous conseille pourtant pas de vous tranquilliser sur ce prétendu bien-être : il faut du régime, de l'exercice et de la petite diète... Avons, mon aimable demoiselle.

LUC ILE

Oh, monsieur! je me porte tiès bien.

LE WÉnECIN.

Je n'en crois pas un mot.

LUC ILE

Mais j'en suis bien sûre, moi.

\BAMIKTE

Eli bien! n'allez-vous pas faire ici la ridieide , quand monsieur le docteur a pour vous des complaisances?

LE MÉnECIN.

Il suffit. Ne chagrinons point ce cher enfant; ne contraignons personne. La vivacité de ses yeux cependant me fait soupçonner dans son sang une sorte d'effervescence dont je croirois prudent de prévenir les effets par de petits calmants, par quelque préparation d'aconit ou de ciguë , que nous lui proposerons dans une crème aux pistaches.

LIS mon.

!'"n vérité, iiinimieur, j ai cru jns([u'à ce luo-

,90 LE CKUGLf:.

meut qu'un habile médecin ne devoit consacrer ses lumières qu a soulager, ou du moins consoler la foible humanité; mais vos savants discours ne tendent qu'à l'épouvanter. De grâce, laisseznous attendre les maux ; nous n'aurons que trop tôt recours aux remèdes.

LE MÉDECIN

Voilà précisément ce que pense un peuple de médecins qui ne songent qu'à guérir. Mais moi , monsieur, maismoi, j'étudie le caractère, la tournure d'esprit de mes malades; je prévois les accidents , et j'aime mieux préparer, et même , dans l'occasion, prolonger une maladie, que de trancher dans le vif, et vons rendre en huit jours une santé grossière, dont on ne jouit dans le monde que pour en abuser.

LISIDOR.

Voilà certainement une étrange politique.

f.'a B BÉ, préludant.

La , la, la, la.

Chut, taisons-nous.

n \MON, lisant.

Tant mieux... Scène première..! Hidaspe...

Du centre des déserts de I inculte .Arménie...

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