SCÈNE i
C A L I s T E , LE GÉNOIS de la suite de Scioltn.
CALISTE, au Génois qui la conduit.
Éclaircissez mon sort , parlez , rien ne m étonne. ( Le Génois sort. ) Où me coiiLliiisez-vous?... Il fuit!... Il m'abandonne ! {Calisle, après avoir considéré l'horreur du lieu ou elle
se trouve. ) Ces terribles objets dont mes sens sont frappés, Des voiles de la mort ces murs enveloppés. Ce lugidjre flambeau dont le jour pâle et sombre -Luit à peine et s'éteint dans l'épaisseur de l'ombre , Ce sinistre appareil, le silence, la nuit, Tout convient aux forfaits dont l'horreur me poursuit. Qu'il est dur cependant rpie la main paternelle Ait disposé pour moi cette pompe cruelle !
70 CALISTE
Ah ! pour in'ej)Oiivanter, étoit-il donc besoin
Que (le ces noirs apprêts mon œil fût le témoin?
Mon père, accables-tu ta fille désolée?
{apercevant le tombeau de Lothario, et levant le voile qui le couvre. )
-Mais qu'entrevois-je encor? Quel est ce mausolée?
Hélas! pour qui ce deuil, ces festons odieux?
Auroit-ou préparé... Lothario ! grands dieux !
Fantômes de la nuit, redoutables ténèbres ,
O spectres qui traînez vos dépouilles funèbres ,
Des enfers avec vous dût sortir la terreur.
Jamais de cet objet vous n'atteindrez l'horreur.
Voyez-vous sur ce front, où se peignoit l'audace,
Cette pâleur livide et ce froid qui le glace? Est-ce là le mortel dont le fatal amour
Me coûte l'innocence, et la gloire, et le jour?
De quel spectacle affreux me vois-je environnée?
( Elle s'éloigne du tombeau , et se trouve près de la table
sur laquelle est la coupe.) Mais à qui cette coupe est-elle destinée?
( Elle s'avance auprès de la table. ) Ah! c'est à moi sans doute... Il est temps que mou cunir S'apprête au sacrifice exigé par l'honneur; Dans le fond de mon ame osons porter la vue. Mes malheurs , mes combats , ma honte inattendue , .Mes sentiments de haine et ceux de ma pitié , La pesanteur du joug oîi mon sort fut lié. L'illusion, l'amour, mon liymen déplorable, i\Ion infortune enfin me lend-elle coupable? Oui, Caliste, tu l'es... Le sénat dispersé;