‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 45 sur 201 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SGIOI/rO, CALJSTK.

La voici O soutien des héros, amour de la patrie , Etouffe dans mon sein la nature attendrie. Qu'un père qui punit a besoin de vertu !

CALISTE

Relevons à ses yeux mon courage abattu. Qu'il reconnoisse en moi l'éclat de sa famille ; Soyons digne de lui.

SCIOLTO, froidement.

Tu fus jadis ma fille.

CALISTE

Malheureux le moment où mon cœur égaré Cessa de mériter ce nom doux ec sacré !

SCIOLTO

.Sais-tu que dans la nuit, retenus par la crainte , Nos tyrans, pour forcer cette fatale enceinte , îS'attendeht que l'instant où d.ins l'obscurité L'aurore répandra sa première clarté?

72 CALISTE

Sous nos murs démolis, sous nos tours embrasées ,

Us vont ensevelir nos tètes écrasées.

Ou , croyant te payer mes secrets découverts ,

En vainqueurs dédaigneux te proposer des fers.

Le mépris ou la mort, voilà notre espérance.

J'oppose à nos destins une vaine prudence.

Altamont, loin de nous par sou zélé entraîné.

Peut-être en ces instants expire assassiné.

As-tu prévu ces maux?

CALISTE

Ah ! pourquoi me les peindre ?

Je les ai tous causés; je vois ce qu'il faut craindre ; Et ma honte. . .

SCIOLTO

La honte est un de ces malheurs Que ne réparent point les regrets ni les pleurs. Involontaire ou libre, apprends qu'on mésestime, Et celui qui la souffre , et celui qui l'imprime. Dis-moi : de tous les biens dispensés par le sort , Quel bien préfères-tu ?

CALISTE

L'honneur.

SCIOLTO

Sans lui?

CALISTE

La mort.

SCIOLTO

J'applaudis à ton choix... Ainsi donc ton courage De cette affreuse coupe a pressenti l'usage ?

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