SCÈNE II
SGIOI/rO, CALJSTK.
La voici O soutien des héros, amour de la patrie , Etouffe dans mon sein la nature attendrie. Qu'un père qui punit a besoin de vertu !
CALISTE
Relevons à ses yeux mon courage abattu. Qu'il reconnoisse en moi l'éclat de sa famille ; Soyons digne de lui.
SCIOLTO, froidement.
Tu fus jadis ma fille.
CALISTE
Malheureux le moment où mon cœur égaré Cessa de mériter ce nom doux ec sacré !
SCIOLTO
.Sais-tu que dans la nuit, retenus par la crainte , Nos tyrans, pour forcer cette fatale enceinte , îS'attendeht que l'instant où d.ins l'obscurité L'aurore répandra sa première clarté?
72 CALISTE
Sous nos murs démolis, sous nos tours embrasées ,
Us vont ensevelir nos tètes écrasées.
Ou , croyant te payer mes secrets découverts ,
En vainqueurs dédaigneux te proposer des fers.
Le mépris ou la mort, voilà notre espérance.
J'oppose à nos destins une vaine prudence.
Altamont, loin de nous par sou zélé entraîné.
Peut-être en ces instants expire assassiné.
As-tu prévu ces maux?
CALISTE
Ah ! pourquoi me les peindre ?
Je les ai tous causés; je vois ce qu'il faut craindre ; Et ma honte. . .
SCIOLTO
La honte est un de ces malheurs Que ne réparent point les regrets ni les pleurs. Involontaire ou libre, apprends qu'on mésestime, Et celui qui la souffre , et celui qui l'imprime. Dis-moi : de tous les biens dispensés par le sort , Quel bien préfères-tu ?
CALISTE
L'honneur.
SCIOLTO
Sans lui?
CALISTE
La mort.
SCIOLTO
J'applaudis à ton choix... Ainsi donc ton courage De cette affreuse coupe a pressenti l'usage ?