ACTE V, SCÈNE II
CALISTE
Oui, mon père , et , sans vous , ce bras détermine Eût versé dans mon sein le vase emiioisonné.
SCIOLTO
Sur les bords du cercueil l'humanité succombe. L'œil mesure, en tremblant, l'abyme de la tombe. Des lenteurs du poison le supplice à souffrir. Le regret de la vie , et l'horreur de mourir, Tout peut t'intimider.
CALISTE
Eh bien ! frappez vous-même ; Percez ce triste cœur qui vous craint, mais vous aime.
SCIOLTO
Quand je compare , hélas ! à des jours plus sereins L'horreur de cette nuit et nos cruels destins. Quand la pitié rappelle à ma triste mémoire Le temps de tes vertus et celui de ma gloire , Le temps où ma fierté rendoit grâces aux cieux D'avoir transmis en toi le sang de mes aïeux , Incertain, déchiré, je flotte et délibère. Je n'ose te punir, et frémis d'être père ; Tumultueux combats où , d'une égale voix , La nature et l'honneur se disputent leurs droits ! Ma fille !... ah , malheureux !
CALISTE
Quoi ! vous versez des larmes !
SCIOLTO
Les traits du repentir, ta jeunesse , tes charmes , Hélas ! tout m'attendrit !
74 CALISTE
CA LISTE
La mort est mon espoir sciOLTO , portant la main à son poignard , et lui présentant la coupe en détournant les yeux. Eh bien ! je vais... mais , non ! tiens , prends, Fais ton devoir.
CALISTE
Ah! j'y consens.
SCIOLTO
Arrête ! ô nature ! ô tendresse !
O ma chère Galiste , épargne ma foiblesse ! Hélas ! je me croyois un cœur plus inhumain. J'ai tenu la balance avec un bras d'airain ; Vengeur de mon pays , vengeur de ma famille , En juge indifférent j'ai condamné ma fille : Ma farouche vertu se borne à cet effort ; Mes yeux ne seront point les témoins de ta mort.
CALISTE
Pourquoi me fuir? Vos mains...
SCIOLTO
Non , fille infortunée :
Que ta seule vertu régie ta destinée.
Le danger presse... entends ces cris sourds et confus.
CALISTE
O mon père !
SCIOLTO
.le sors , et ne te verrai plu.s.
Adieu , Caliste, adieu!
CA LISTE
.Suis-je encor votre fille?