ACTE 1, SCÈNE X
SAINT-ALBIN
mie pleure; elle soupire ; elle songe à s'éloigner; et, si elle s'éloigne, je suis perdu.
LE PÈRE DE FAMILLE
Qui, elle?
s AI NT- ALBIN.
Sophie... INon, Sophie, non. ..Jepérirai plutôt.
LE PÈRE DE FAMILLE
Qui est cette Sophie?.. Qu'a-t-elle de commun avec l'état où je te vois, et l'effroi qu'il mecause? SAIN i-A L B I N , se jetant aux pieds de son père.
Mon père, vous me voyez à vos pieds. Votre tiis n'est pas indigne de vous; mais il va périr, il va perdre celle qu'il chérit au-delà de la vie. Vous seul pouvez la lui conserver. Écoutez-moi , pardonnez- moi, secourez-moi. ( Toujours à genoux.') Si j'ai jamais éprouvé votre bonté, si, dès mon enfance, j'ai pu vous regarder comme l'ami le plus tendre , si vous fûtes le confident de toutes mes joies et de toutes mes peines, ne m'abandonnez pas. Conseivez-moi Sophie; que jo vous doive ce que j'ai de plus cher au monde. Frotégez-la... Elle va nous quitter , rien n'est plus certain... Voyez-la, détournez-la de son projet... i la vie de votre fils en dépend... Sj vous la voyez, je serai le plus heureux de tous les enfants, et vous serez le plus heureux de tous les pères.
Joo LE PERE DE FAMILLE.
LE l'ÈRE DE FAMILLE, rt part.
Dans quel égarement il est tombé ! (à son fils. ^ Qui est-elle, cette Sophie? qui est-elle? 3AIST-ALBIN, relevé, allant et venant avec enthousiasme.
Elle est pauvre, elle est ignorée , elle habite un réduit obscur; mais je ne vois rien, dans ma vie dissipée et tumultueuse , à comparer aux heures innocentes que j'ai passées près d'elle. J'y voudrais vivre et mourir, dussè-je être méconnu, méprisé du reste de la terre... Je croyois avoir aimé; jemetrompois...Cest à présent que j'aime... (£n saisissant la main Je son père.) Oui... j'aime pour la première fois.
LE PÈRE DE FAMILLE
Vous vous jouez de mon indulgence et de ma peine. Malheureux ! laissez là vos extravagances. Regardez-vous, et répondez-moi. Qu'est-ce que cet indigne travestissement ? que m'annoncet-il?
SAIKT-ALBIX.
Ah, mon père! c'est à cet habit que je dois mon bonheur, ma Sophie, ma vie !
LE PÈRE DE FAMILLE
Comment? Parlez.
SAI>T-ALBIN
Il a fallu me rapprocher de son état; il a fallu