ACTE 1, SCÈNE X
Que voulez-vous? qu'espi-rez-vous?
SAINT-ALBIN
Que vous mettrez le comble à toiU ce que vous avez fait pour moi depuis que je suis ; que vou« verrez Sophie, que vous lui parlerez, que...
LE PÈRE DE FAMILLE
Jeune insensé!... Et savez-vous qui elle est?
SAINT-ALBIN
C'est là son secret. Mais ses mœurs, ses sentiments, ses discours, n'ont rien de conforme à sa condition présente. Un autre état perce à travers la pauvreté de son vêtement. Tout la trahit, jusqu'à je ne sais quelle fierté qu'on lui a inspirée, et qui la rend impénétrable sur son état... Si vous, voyiez son ingénuité, sa douceur, sa modestie!... Vous vous souvenez bien de ma mère... Vous soupirez. Eh bien! c'est elle. Mon père, voyezla ; et si votre fils vous a dit un mot...
LE PÈRE I)E FAMILLE
Et cette femme chez qui elle est ne vous en a rien appris?
SAINT-ALBIN
Hélas ! elle est aussi réservée que Sophie. Ce que j'en ai pu tirer, c'est que cette jeune personne est venue deprovin(;e implorer l'assistance
to8 LE PÈRE DE FAMILLE.
d'un parent qui n'a voulu ni la voir ni la secourir. J'ai profité de cette confidence pour adoucir sa misère, sans offenser sa délicatesse. Je fais du bien à ce que j'aime , et il n'y a que moi qui le sache.
Avez-vous dit quç vous aimiez?
SAIN T-A L B I îJ , avec vivacité.
Moi, mon père?... Je n'ai pas même entrevu dans l'avenir le moment où je l'oserois.
LE PÈRE DE FAMILLE
Vous ne vous croyez donc pas aimé?
SAIiST-ALBIX.
Pardonnez-moi... Hélas! quelquefois je l'ai cru . .
LE PÈRE DE FAMILLE
Et sur quoi?
SAINT-ALBIN
Sur des choses légères , qui se sentent mieux qu'on ne les dit. Par exemple, elle prend intérêt atout ce qui me touche. Auparavant, son visage s'éclaircissoit à mon arrivée, son regard s'animoit, elle avoit plus de gaieté. J'ai cru deviner qu'elle m'attendoit. Souvent elle m'a plaint d'un travail qui prenoit toute ma journée ; et je ne doute pas qu'elle n'ait prolongé le sien dans la nuit pour m' arrêter plus long-temps...