ACTE II, SCÈNE XI. i4i
LE PÈRE nE FAMILLE.
Qui VOUS l'a dit?
SAINT-ALBIN
Vous verrez couler les pleurs de Sophie, j'embrasserai vos genoux, mes enfants vous tendront leurs bras innocents, et vous ne les repousserez pas.
LE PÈRE nE FAMILLE, rt paît.
Il me connoit trop bien... {^Après une petite pause , il prend Vair et le ton le plus sévère , et dit: ) Mon fils, je vois que je vous parle en vain , que la raison n'a plus d'accès auprès de vous, et que le moyen dont je craignis toujours d'user est le seul qui me reste. J'en userai , puisque vous m'y forcez. Quittez vos projets : je le veux, et je vous l'ordonne par toute l'autorité qu'un père a sur ses enfants.
SAIMT-ALBIN, avec un emportement sourd.
L'autorité, l'autorité ! Ils n'ont que ce mot.
LE PÈRE DE FAMILLE
Vous oubliez qui je suis et à qui vous parlez. Taisez- vous, ou craignez d'attirer sur vous la marque la plus terrible du courroux des pères.
SAINT-ALEIN.
Des pères! des pères! Hn'y en a point... Il n'y a que des tyrans.
i4î LE PÈRE DE FAMILLE.
LE PÈRE DE FAMILLE
O ciel !
Oui , des tyrans.
' LE PÈRE DE FAMILLE
Eloignez-vous de moi, enfant ingrat et dénaturé ! Je vous donne ma malédiction. Allez loin de moi. (^Saint-Albin va pour sortir. Le père de famille lui laisse à peine faire quelques pas, court après lui, et lui dit:) Où vas-tu, malheureux?
SAINT-ALBIN, accourant aux pieds de son père.
Mon père !
LEPÈREDE F XMiLLE., se jetant dans un fauteuil.
Moi, votre père? Vous, mon fils? Je ne vous suis plus rien ; je ne vous ai jamais rien été ; vous empoisonnez ma vie; vous souhaitez ma mort. Eh! pourquoi a-t-elle été si long-temps différée? que ne suis-je à côté de ta mère? Elle n'est plus, et mes jours malheureux ont été prolongés.
SAINT-ALBIX.
Mon père !
LE PÈRE DE FAMILLE
Éloignez-vous. Cachez-moi vos larmes. Vous déchirez mon cœur, et je ne puis vous en chasser.