‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Colardeau, Diderot, et PoinsinetChapitre 88 sur 201 · ACTE II, SCENE XI. i3g · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE XI. i3g

LEPÈRE DE FAMILLE

La passion voit tout éternel; mais la nature humaine veut que tout finisse.

SAINT-ALBIN

Je cesserois d'aimer Sophie! Si j'en étois capable, j'ignorerois, je crois, si je vous aime.

LE VÈRE DE FAMILLE

Voulez-vous le savoir et me le prouver? Faites ce que je vous demande.

SAlNT-ALBIN.

Je le voudrois en vain; je ne puis ; je suis entraîné. Mon père, je ne puis.

LE PÈRE DE FAMILLE

hisensé , vous voulez être père ! En connoissezvous les devoirs? Si vous les connoissiez, permettriez-vous à votre fils ce que vous attendez de moi ^

SAINT-ALBIN

Ah ! si j'osois répondre...

LE PÈRE DE FAMILLE

Répondez.

SAINT-ALBIN

Vous me le permettez?

LE PÈRE DE FAMILLE

Je vous l'ordonne.

Lorsque vous voulûtes ma mère , lorsfjuc toute

f4o LE PERE DE FAMILLE,

la famille se souleva contre vous, lorsque votre père vous appela enfant ingrat, et que vous l'appelâtes au fond de votre ame père cruel , qui de vous deux avoit raison? Ma mère e'toit vertueuse et belle comme Sophie ; elle ètoit sans fortune comme Sophie; vous l'aimiez comme j'aime Sophie. Souffrîtes-vous qu'on vous l'arrachât, mon père? et n'ai-je pas un cœur aussi?

LE PÈRE DE FAMILLE

J'avois des ressources, et votre mère avoit de la naissance.

SAINT-ALBIK.

Qui sait encore ce qu'est Sophie?

LE PÈRE DE FAMILLE

Chimère.

SAINT-ALBIX.

Des ressources ! L'amour , l'indigence , m'en fourniront.

LE PÈRE DE FAMILLE

Craignez les maux qui vous attendent.

SAINT-ALBIN

Ne la point avoir est le seul que je redoute.

LE PÈRE DE FAMILLE

Craignez de perdre ma tendresse.

Je la recouvrerai.

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