SCÈNE I
DARMANT, LA MARQUISE.
LA MARQUISE
Je VOUS renonce pour mon frère.
Toujours pensif, rien ne vous rit :
Vos prisonniers anglais vous ont gâté l'esprit; Vous n'êtes occupé que du soin de leur plaire; Votre milord Rrumton vous rend atrabilaire.
DARMANT.
Ma sœur, je suis piqué , mais piqué jusqu'au vif;
L'amitié du milord me seroit précieuse ;
En tout, pour la gagner, on me voit attentif:
Mais sa fierté superbe et dédaigneuse
Rejette mes secours, s'indigne de mes soins;
Il aime mieux s'exposer aux besoins ,
Rendre sa fille malheureuse :
Il croit son honneur avili,
S'd accepte un bienfait des mains d'un ennemi.
Mai«, mon frère, en cherchant à lui rendre service,
Ne songeriez-vous point à sa fille Clarice? Cette Anglaise est charmante !
DARMANT.
Épargnez-moi , ma sœur.
Et ne déchirez point le voile de mon cœur. Si l'on me soupçonnoit... Il est vrai , je l'adore. Je veux me le cacher, je veux quelle l'ignore: L'amour dégraderoit la générosité.
LA MARQUISE
Qui vous fait donc agir?
DARMANT.
L'humanité.
J'ai plongé dans la peine une noble famille.
Qu'une guerre fatale entraîne de regrets!
Brumtou part de Dublin pour Londre avec sa fille;
Il embarque avec lui ses plus riches effets. La frégate que je commande.
Croisant sur les côtes d'Irlande ,
Rencontre son vaisseau, l'atteint, et le combat. Brumton, qu'aucun danger n'alaripe.
Soutient notre abordage et montre avec éclat
L'activité d'un chef et l'ardeur d'un soldat;
Il fond sur moi, me blesse , et ma main le désarme;
Il veut braver la mort, je prends soin de ses jours.
A l'ennemi vaincu l'honneur doit des secours.
LA MARQUISE
Fort bien , mon frère.
DARMANT.
Enfin nous avons l'avantage :
Son vaisseau coule à fond, et l'on n'a que le temp.-