‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 132 sur 231 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

De sauver sur mon bord les gens de l'équipage. Je reviens à Bordeaux, où mes soins vigilants De ces infortunés soulagent la misère : Mais Erumton se refuse à mes emffressements.

LA MARQUISE

Moi , j'aime assez ce caractère.

Il est brusque... mais il est franc.

Sa fierté qui paroît choquer la politesse

Relève en lui l'air de noblesse

D'un homme qui soutient son rang.

Si son maintien est froid... ses yeux ont de la flamme;

Et je lui crois une belle ame.

Il n'a pas quarante ans cet homme?

DARMANT.

Tout au plus.

LA MARQUISE

Devenez son ami.

DARMANT.

Mes soins sont superflus :

Ses principes outrés d'honneur patriotique , Sa façon de penser qu'il croit philosophique.

Sa haine contre les Français, Tout met une barrière entre nous [tour jamais.

LA MARQUISE

Je prétends la briser : oui, vous pouvez m'en croire. Pour vous , pour moi , pour notre gloire , Il reviendra de sa prévention :

Il s'agit de l'honneur de notre nation.

Nous verrons donc ce philosophe; Et .s'il veut raisonner, c'est moi qui l'apostrophe.

Je philosophe aussi, quand je veux, tout au mieux.

DARMANT.

Plaisantez-vous?

^^A MARQUISE

Moi? point du tout, mou frère, . Et cela devient sérieux.

Allez, allez, laissez-moi faire.

Doutez-vous des talents que j'ai?

Par un ridicule contraire , Un ridicule est souvent corrig;é.

Vous voyez bien que je me rends justice. J'entreprends le milord; vous, poursuivez Clarice : Il est honteux pour vous, pour un Français, D'aimer sans espoir de succès.

Cependant obligez le milord eu silence ,

Et cherchez des moyens secrets.

DARMANT.

J'ai déjà commencé ; mais n'en parlez jamais : D'un bienfait divulgué l'amour-propre s'offense. Le valet Robmson est dans mes intérêts; Par son moyen son maitre a touché quelques sommes Sous le nom supposé d'iin patriote anglais.

LA MARQUISE

Voilà comme il faudroit toujours tromper les hommes.

DARMANT.

J'aperçois Piobinson. Viens çà.

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