‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 138 sur 231 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DAKMANT.

Oui, vous, par l'attachement Que vous montrez pour un si digne père. Je l'estime , je le révère.

CLARICE

Il le mérite.

DARMANT.

Assurément.

Mais toujours à mes vœux le verrai-je contraire?

CLARICE

Vos vœux? Je ne vois pas que ce soit son affaire.

D A R M A N T , avec ardeur.

Ah ! l'amour...

CLARICE, fièrement.

Quoi, monsieur?

D A a M A ^' T , se modérant. ^

L'amour-propre blessé Devroit gémir dans mon cœur offensé, Des efforts impuissants que j'ai faits pour lui plaire.

CLARICE

Votre dépit s'exprime vivement.

DARMANT, à part.

Je ne m'observe pas.

CLARICE

Est-il quelque mystère?

DARMANT.

Quelque mystère? Nullement:

Mais je sais que milord me hait et me déteste.

Vous partagez ce cruel sentiment?

2o8 L'ANGLAIS A BORDEAUX.

CLARICE

La haine ! ah ! c'est, je crois, le plus cruel tourmeat; Kt mon cœur n'est point fait pour cet état funeste, {à part.) Je devrois fuir l'amour également.

Monsieur , croyez-vous que j'approuve Ces injustes préventions Qui divisent nos nations?

J'honore la vertu par-tout où je la trouve. D A R M A X T , vivemen t.

Oui , la vertu ; vous l'inspirez , Et votre père aussi : c'est vous qui la parez; Vous la représentez affable et circonspecte; Elle a pris tous vos traits, afin qu'on la respecte. J'ai, pour servir l'état, recherché de l'emploi;

Avec ardeur j'ai désiré la guerre :

Vos malheurs l'ont rendue un vrai fléau pour moi.

Et c'est depuis que je vous voi; Que la paix me paroit le bonheur de la terre.

CLARICE-

Je n'ai garde d'ajouter foi

A des paroles si flatteuses.

C'est votre style à tous. Votre première loi Est de nous prodiguer des louanges trompeuses.

L'art dangereux de la séduction Est le trait principal qui vous caractérise;

Cet art que chez nous on méprise Fait partie, en ces lieux, de l'éducation: V.i cette fausseté que l'agrément déguise...

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