‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 139 sur 231 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Justement , du milord voilà les préjugés.

Vous n'imaginez pas combien vous m'affligez : Votre air de dédain m'humilie Plus que l'excès d'un vrai courroux.

CLARICE

Eu critiquant votre patrie.

Je voudrois que le trait ne portât point sur vous.

DARMAIST.

Quoi ! vous m'excepteriez?

CLARICE

Non vraiment ; je n'ai garde :

Je voudrois seulement pouvoir vous excepter.

DAR.MA NT

•Mais, de ma bonne foi qui vous feroit douter? Peut-on n'être pas vrai lorsque l'on vous regarde?

CLARICE

Ah ! vous reprenez le jargon ; De ce moment je vous laisse.

D ARMA. NT

Non, non.

Encore un seul instant demeurez , je vous prie.

C LARICE,

J'y consens ; mais sur-tout aucune flatterie. D A R M A N T , très modérément .

Eh bien ! Clarice, je promets Que je ne vous dirai jamais Ces vérités qui vous déplaisent.

{avec une froideur contrainte. ) Il faut, à votre égard , que les désirs se taisent.

Vous leur imposez trop, et mon dessein n'est point...

CL ARïCE, cCun air piqué.

Ah ! monsieur, je vous rends justice sur ce point.

D ARMANT

Vous avez bien raison, oui; mais daignez m'entendre L'estime peut unir des esprits opposés.

CLARICE

Oui; mais quand deux pays sont aussi divisés.

Il ne faut pas de sentiment plus tendre. D ARMANT, avec modération; mais cette modération se perdant par degrés mène à la plus grande vivacité pour finir la tirade.

Aussi n'en ai-je pas. Je dirai cependant Que le cœur n'admet point un pays différent. C'est la diversité des mœurs , des caractères , Qui fit imaginer chaque gouvernement;

Les lois sont des freins salutaires Qu'il faut varier prudemment, Suivant chaque climat , chaque tempérament. Ce sont des régies nécessaires, Pour que l'on puisse adopter librement Des vertus même involontaires; Mais ce qui tient au sentiment IN'a dans tous les pays qu'une loi , qu'un langage. Tous les hommes également s'accordent pour en faire usage.

Français, Anglais, Espagnol, Allemand, Vont au-devant du nœud que le cœur leur dénote ; Us sont tous confondus par ce lien charmant ,

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