SCÈNE Vin
Je ne crois pourtant pas que monsieur se dispense D'éclairer ma raison , mon cœur et mon esprit. Vous êtes philosophe , à ce que l'on m'a dit : Communiquez un peu votre science.
LE MÎLOUD.
Je pense pour moi seul.
LA MARQUISE
Ah! quelle inconséquence!
En vain le sage réfléchit.
Si la société n'en tire aucun profit; On doit la cultiver pour elle, pour soi-même.
Eh! laissez là vos songes creux; La meilleure morale est de se rendre heureux. On ne peut l'être seul avec votre système : Mon instinct me le dit, et mou cœur encor mieux. La chaîne des besoins rapproche tous les hommes, Le lien du plaisir les unit encor plus.
Ces nœuds si doux, pour vous sont-ils rompus? Pour être heureux , soyez ce que nous sommes.
LE Ml LORD.
O ciel ! à des travers on me verroit soumis ! Madame , excusez-moi; mais vous m'avez permis...
LA MARQUISE
Eh oui ! de tout mou cœur j'excuse :
Ne nous ménagez pas, monsieur; cela m'amuse.
LE MILORD
J'en suis charmé, madame, et selon votre avis Je dois me réFormcr, devenir sociable, Renoncer au bon sens pour être un agréable.
2i8 L'ANGLAIS A BORDEAUX.
LA MARQUISE
Mais ou gagne toujours à se rendre amusant. LE MiLono.
Suis-je fait pour être plaisant?
Connoissez mieux l'Anglais, madame; son génie
Le porte à de plus grands objets.
Politique profond , occupé de projets , Il prétend à l'honneur d'éclairer sa patrie. Le moindre citoyen , attentif à ses droits , Voit les papiers publics , et régit l'Angleterre;
Du })arlement compte les voix,
Juge de l'équité des lois , Prononce librement sur la paix ou la guerre,
Pèse les intérêts des rois , Et, du fond d'un café, leur mesure la terre.
LA MARQUISE
Vous êtes en cela plus plaisant mille fois : Trop au-dessus de nous sont ces graves emplois.
Libres de tout soin inutile, Nos heureux citoyens respirent le repos : La surface des mers voit agiter ses flots; Mais la profonde arène est constante et tranquille. .Jouissez comme nous.
LE MI LORD
Mais d'un si doux loisir Quel est le fruit?
LA MARQUISE
Le plaisir.
LP MILOKD.
*^ Le plaisir !