SCÈNE XIV. 23i
SUDMER.
Vous n'êtes pas de trop, cédez à mon instance, Et songez que mes sentiments...
( au milord, en lui montrant Donnant. ) C'est un homme des plus charmants.
C'est un homme d'espèce unique.
LE MILORD
Charmant ! charmant ! parbleu, pour des êtres pensants, Voilà , sans doute , un beau panégyrique!
SUDMER.
Qu'entendez-vous?
LE MILORD
Cela s'entend sans qu'on l'explique.
Un homme n'est jamais charmant eu bonne part ; Et lorsqu'à la raison on veut avoir égard...
SUDMER.
Je ne vois point à quoi cela s'applique. (à Darmant. )
Remettez-vous aussi mes traits ; Rappelez-vous que je vous dois la vie.
Vous changeâtes pour moi la fortune ennemie.
( montrant son cœur.) Voilà le livre où sont écrits tous les bienfaits. Vous êtes mon ami, du moins je suis le vôtre. C'est par vos procédés que vous m'avez lié ; Je m'en souviens, vous l'avez oublié :
Nous faisons notre charge en cela l'un et l'autre.
DARMANT.
Mais vous vous méprenez, monsieur.
SUDMER.
Moi , point du tout; moi , jamais me méprendre, Quand la reconnoissance en moi se fait entendre, Et m'offre mon libérateur.
Le sentiment me donne des lumières :
Pour reconnoître un bienfaiteur, Les yeux ne sont point nécessaires; Je suis toujours averti par mon cœur.
Ah ! je vois à peu près ce que vous voulez dire.
LE MILORD
Moi, je ne le vois pas.
SUDMER.
Je vais vous en instruire :
Nous devons publier les belles actions.
Je montois un vaisseau de trente-huit canons;
Je fus, près d'une côte, accueilli d'un orage, Terrible, violent beaucoup :
J'étois prêt à faire naufrage ,
Et les Français avoient de quoi faire un beau coup. Aussi, monsieur, en homme sage, Lorsque les vents furent calmés , En tira-t-il un très grand avantage; Et nous voyant démâtés, désarmés,
« Je pourrois , me dit-il , prendre votre équipage ;
« Mais, pour en profiter, je suis trop généreux;
« On n'est plus ennemi lorsqu'on est malheureux. »
Bref, il me soulagea , m'obligea de sa bourse ,
Me rendit mes effets avec la liberté :
Les bienfaits , de son cœur , couloient comme une source.