SCENE XIV
Peut-on trop admirer sa générosité?
LE Ml h ORTi, avec humeur.
Tout bienfait, avec lui, porte sa récompense j On agit pour soi-même en agissant îiinsi. [bas, à Sudmer.) Je suis forcé de l'admirer aussi ,
Mais sans tirer à conséquence.
D ARMANT
Jugez la nation avec plus d'équité.
Comme Français , mon premier apanage
Consiste dans l'humanité.
Mes ennemis sont-ils dans la prospérité,
Je les combats avec courage.
Tombent-ils dans l'adversité,
Ils sont hommes, je les soulage.
Eh ! c'est ainsi qu'on pense avec un cœur loyal. Je ne décide point entre Rome et Carthage. Soyons humains; voilà le principal.
LE MI LORD
Vous n'êtes pas Anglais,
SUDMER.
Je suis plus; je suis homme.
Qu'avez-vous contre lui? Cette froideur m'assomme. Esclave né d'un goût national.
Vous êtes toujours partial, ^■'admettez plus des maximes contraires ; Et, comme moi, voyez d'un œil égal
Tous les hommes qui sont vos frères.
J'ai détesté toujours un préjugé fatal.
Quoi ! parcequ'on habite un autre coin de terre, Il faut se déchirer, et se faire Ja guerre? Tendons tous au bieu général.
Crois-moi, milord; j'ai parcouru le monde : Je ne connois sur la machine ronde
Rien que deux peuples différents ; Savoir, les hommes bons et les hommes méchants. Je trouve par-tout ma patrie Où je trouve d'honnêtes gens; En Cochinchine , en Barbarie , Chez les sauvages même : allons, soyons unis; Embrassons-nous comme trois bons amis.
( à Dormant.) Vous serez de la noce , au moins?
DARMANT.
Quoi?
SUD MER
Je l'exige.
Je vais me marier avec un vrai prodige, Fille aimable , dit-on , et qui me plaira fort : Je m'apprête à l'aimer. Quoi! cela vous afflige?
DARMANT.
Moi, je partage votre sort.
SUDMER.
Point de partage , je vous prie , Sur-tout si la fille est jolie.
DARMANT.
Je respecte les nœuds dont vous serez unis.
LE MILORD
Ma fille , de ce mariage ,