G LA RI CE
Monsieur.
SUDMER.
Reste à savoir si je vous conviendrai.
M'aimerez- vous aussi ?
CLARICE
Mais , monsieur, je l'espère.
Les volontés du milord sont des lois.
La générosité de votre caractère, Vos nobles procédés font honneur à son choix; Et les vertus sur mon cœur ont des droits Préférables à l'amour même.
Lorsque de la raison on écoute la voix , On estime du moins en attendant qu'on aime.
Oh ! je suis votre serviteur.
En attendant! c'est bon pour qui pourroit attendre. Milord , je suis pressé; vous avez un vieux gendre Qui n'a pas un instant à perdre, par malheur.
Je ne crois pas que l'amour, à mon âge , Parle beaucoup en ma faveur ; c'est un arrangement que notre mariage.
Notre intérêt commun en aura tout l'honneur : Cela ne suffit pas; je crois qu'elle est fort sage ;
Mais il se peut qu'un autre objet l'engage.
CLARICE
En tout cas , je saurois commander à mon coeur.
SUDMER.
Bon ! voilà le même langage Que vient de me tenir Darmant.
LE MILORD
Darmaiit !
SUD MER
Elle rougit, et je vois clairement...
IS'est-il pas vrai, chère future?
Il se pourroit par aventure...
Hein?
LE MILORD
Sudmer, de pareils soupçons...
SUDMER.
Pour demander cela, milord, j'ai mes raisons.
Mais Darmant est Français , et ma fille est Anglaise; Elle ne peut l'aimer.
SUDMER.
Conséquence mauvaise;
Les Français ont toujours l'art de se faire aimer. Je les connois pour gens fort agréables, Et qui plus est eucor, fort estimables;
Il est tout naturel de s'en laisser charmer.
LE MILORD
Je sais comme ma fille pense, Je réponds de son cœur : oui, la reconnoissance Qu'elle sent, comme moi, de vos rares bienfaits, Doit l'attacher à vous tendrement pour jamais.
SUDMER.
Que parlez- vous de bienfaits, je vous prie?
CLARICE
Si ma main doit payer ce généreux secours...