‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 159 sur 231 · SCÈNE XVIII. 24i · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII. 24i

Et ces autres effets que j'ai déjà reçus? Ce n'est pas de Sudmer ! je demeure confus. Si ce n'est pas de Jui, c'est d'un compatriote , Qui veut m'obliger en secret.

Tel est l'Anglais, il cache le bienfait:

Exactement j'en conserve la note.

Pour m'acquitter de celui quon m'a fait; Pour un homme d honneur, c'est le plus grand regret

Que de manquer à la reconnoissance , Et payer un service est une jouissance

Je ferai tant que nous serons au fait. Ah çà! venons à vous , ma fille :

Sudmer, par ses grands biens, relève ma famille;

Il vous fait un état certain :

Vous ne répugnez pas à lui donner la main?

Cl A RI CE.

Je dois vous obéir.

LE MI LORD

Vous soupirez, Clarice?

CLA RICE

Oui, mou père, il est vrai.

LE MI LORD

Parlez sans artifice, Parlez avec sincérité.

Ne dissimulez rien.

CLARICE

M'en croyez-vous capable? Je ne sais point trahir Ki vérité.

Et qui dissimule est coupable.

Je n'ai rien dans mon cœur que je doive cacher

Aux yeux indulgents de mon père.

Est-il quelque secret , est-il quelque mystère Que dans son sein je ne puisse épancher?

LE MILOBD.

A mes desseins vous verrois-je contraire?

CtARICE.

Non, je veux me soumettre à votre volonté.

En Angleterre un cœur n'est point esclave ; Le pouvoir paternel est chez nous limité : Mais ne soupçonnez pas que jamais je le brave. Périsse cette liberté

Qui des parents détruit l'autorité!

Ah! je le sens, un père est toujours père; Sur des enfants bien nés il conserve ses droits. Quand le devoir en nous grave son caractère. Rien ne peut effacer cette empreinte si chère. En vain la liberté veut élever sa voix ,

Et dans nos cœurs exciter le murmure; La loi nous émancipe , et jamais la nature.

LE MILORD

Vous pensez bien ; mais , dites-moi, Où nous conduit cet étalage?

Sudmer vous déplaît-il?

CLARICE

Non, mon père; mais...

Quoi'

CLARICE

J'épouserai Sudmer, si c'est votre avantage.

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