‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 170 sur 231 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

SOLIMAN, OSMIN

{Soliman entre d'un air triste, et se promène à grands pas sur le théâtre. Osmin le suit à quelque distance.)

OSMIN

Très gracieux sultan, votre esclave fidèle Attend vos ordres... Mot... Seigneur... je parle en vain. Seigneur?

SOLIMAN

Dis-moi, mon cher Osmin:

Depuis qu'à tes soins , à ton zèle , J'ai confié la garde du sérail ,

Et le gouvernement des femmes...

OSMIN

Parbleu, c'est un rude travail.

SOLIMAN, continuant.

Entre mille beautés , ces délices des âmes , En as-tu vu, Osmia, dont les attraits Égcdent ceux d'Elmire ?

OSMIJV.

Oh ! non , seigneur ; jamais :

Et puisque vous l'aimez...

SOLIMAN

Ah ! dis que je l'adore.

Que je suis malheureux !

OSMIN

Fort bien.

Allez, allez, seigneur; il est encore Un état pire : c'est le mien.

SOLIMAN

Elmire part , cette Elmire charmante ,

Tout à-la-fois si fière et si touchante ; Elmire, mon tourment et mon souverain bien , Elle va me quitter. Toujours je me rappelle L'instant qui l'offrit à mes yeux; Glacée entre nos bras d'une frayeur mortelle. Elle s'évanouit; ô dieux, qu'elle étoit belle! En reprenant la vie, elle leva sur nous

De grands yeux bleus , intéressants , si doux , Embellis encor par ses larmes I Déjà tout occupé du plaisir enchanteur De faire succéder l'amour à ses alarmes ,

Je me flattois d'être aisément vainqueur D'une ame sensible au malheur.

Je m'abusois, Osmin : enivré de ses charmes,

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