ACTE I, SCÈNE I
Je ne fus plus son maître. Hélas! dès ce moment J'oubliai mon pouvoir, je devins son amant, Son esclave. Cessez, lui dis-je, de vous plaindre,
Je ne suis pas un tyran odieux :
A vivre sous mes lois je n'ose vous contraindre; Mais un mois seulement demeurez en ces lieux;
Et je vous promets, belle Elmire, Que vous serez rendue ensuite à vos parents , Si mes soupirs vous sont indifférents.
Je l'ai juré, le terme expire.
Que vais-je devenir?
os M IN.
Elle attendra plus tard.
Seigneur, si je lis dans son ame, Autant que vous elle craint son départ.
SOLIMAX.
Sur quoi le juges-tu?
OSMIN
Mais sur ce qu'elle est femme , Et qu'on iv'a pas tous les jours aisément Un empereur turc pour amant.
Elmire est Espagnole, elle est tière , mais tendre; Et sou cœur en secret ne cherche qu'à se rendre.
SOLIMAN
Tu lui fais tort.
OSMIN
Eh! non, non, sûrement.
Chaque matin, à sa toilette, Elmire vous reçoit.
Oui, mais si froidement !
os M IN.
Pour mieux vous attirer; manège de coquette,
Et je fonde mon sentiment Sur des distractions avec art ménagées ,
Des négligences arrangées , Un hasard préparé, qu'on place heureusement,
Et de petites maladresses
Faites le plus adroitement.
Tantôt de ses cheveux on rassemble les tresses. Pour couronner son front d'un nouvel ornement;
On veut les arranger soi-même.
Moi désintéressé , je sens le stratagème. Un fidèle miroir réfléchit à vos yeux, De deux bras potelés les contours gracieux.
Tantôt c'est un ruban qui coule;
Elmire veut le rattacher, Et d'un soulier mignon fait voir le joli moule :
Alors, comme il faut se peijcher ,
Dans l'attitude un peignoir s'ouvre; Elle s'en aperçoit, et sa vivacité Le tire brusquement, pour cacher d'un côté
Ce que de l'autre elle découvre.
Dans ce désordre, Elmire, en rougissant. Lève des yeux où la pudeur confuse
Semble demander qu'on l'excuse ;
Mais où l'on peut voir cependant
Bien moins d'embarras que de ruse.