ACTE I, SCENE VIII
M. DUPVis, souriant malignement.
Oh! pour sûr, il est sûr; mais point si prompt.
MARIANNE
Qu'enteuds-je ?
Ar. DtPUIS.
L'agrément d'une place étant fort incertain,
Pour prévenir ma mort d avance je m'arrange :
Je lui cède ma charge et lui promets ta main...
Ta main ; c'est mon projet : ne crains pas que j'en change.
[cTun ton léger, et en riant.) Mais si vous vous flattiez que ce sera demain , Tous deux vous avez pris le change.
MARIANNE, avec un trouble marqué.
Mon père !... Des Rouais...
M. DU PUIS, i interrompant.
J'estime Des Honais; Je l'aime... De mon cœur il a fait la conquête. Il m'aime aussi... du moins, j'ai de sa part cent traits De son amitié tendre et de son ame honnête. . Je répoudrois de Des Ronais...
{achevant dun ton badin et en riant.) Si Ton pouvoit répondre avec raison , jamai-; , D'un homme , quel qu'il soit.
MARIANNE, Vivement.
Eh Lien! qui vous arrête?
M. DUPUIS, d'un ton affctucux et tendre. l'iien. Tu vois qu'aujourd hui j'as.sure ton destin.
Ma charge, au prix que je la lui fais prendre, Est un signe évident; c'est un gage certain Pour lui de mon amitié tendre.
oG DUPUIS ET DES RONAIS.
Et qui doit lui prouver, à ne pas s'y méprendre,
Que c'est mon cœur qui le choisit pour gendre... Et même, par malheur, si je mourois demain. Je t'ordonne, entends-tu , de lui donner la maiu...
{(fim ton badin et léger.) Mais je vis; et je veux attendre ,avec prudence,
Qu'enfin son caractère ait pris Plus de maturité, toute sa consistance.
Trop galant, à présent...
MARIANNE, l'interrompant.
O mon père , d'avance Je vous préviens qu'ici je réduis à leur prix Les soupçons qu'on vous donne.Ont-ils quelque apparence?
M. ^vwià, en riant.
S'ils en ont?... Là-dessus, malgré ton assurance. Je puis, en te disant ce qu'hier j'en appris,
En alarmer justement tes esprits...
Mais, non; je te l'épargne : il suffit qu'il se range. Moi, je veux t'assurer un bonheur sans mélange ;
Et dans ce siècle des bons airs.
Quoique je sente bien qu'on va trouver étrange,
Quoique ce soit me donner un travers D'exiger qu'un mari n'aime rien que sa femme , Je prétends, cependant...
MARIANNE, l'ïntcrmmpant^ avec impatience.
Eh quoi ! mon père , eh quoi !
Moi, je suis sûre de son ame; Des Rosnais n'aime rien que moi :
Il m'est fidèle.