ACTE 11, SCENE XIV. Si
{Elle regarde Soliman d'un air coquelet agaçant.) Et celui d'obéir souvent plus doux encore. Allons, c'est à votre santé.
^.LMlRE, au sultan.
Vous nous ferez raison.
SOLIMAN
Il faut vous satisfaire.
(// boit avec Elmire, Roxelane, et Délia. Osmiri saisit ce moment pour boire en cachette à même le flacon. )
ROXELANE
Voilà le moyen de nous plaire, {à Soliman, après qu'il a bu. ) N'est-il pas vrai que ce breuvage est doux? {à Délia.) Délia, vous rêvez; edlons animez-vous ; Vous ne nous dites rien.
DÉLIA, d'un air réservé.^
Moi , je n'ai rien à dire.
ROXELANE
Et qu'importe ? parlez toujours :
Lorsque la gaieté nous inspire.
Un rien fournit matière à cent jolis discours.
ELMIRE
Eh ! mais, oui : si j'en crois ce que l'on nous raconte,
La langue, en France, est toujours prompte,
Le bon sens ennuyeux jamais ne la conduit,
Et comme d'un volcan la parole élancée. Part sans attendre la pensée;
On parle toujours bien lorsque l'on fait du bruit.
3i8 LES TROIS SULTANES.
Mais oui;, dans les soupers qu'à Paris on se donne , Surtout légèrement on discute , on raisonne , Et l'on n'a jamais plus d'esprit Que quand on ne sait ce qu'on dit.
Les Français sont charmants.
SOLIMAN, ettin air complaisant pour Roxelane.
Et sur-tout les Françaises.
ROXELANE, montrant Elmire.
Et les Espagnoles aussi. ^ Convenez-en.
SOUMAN.
Sans doute.
ROXELANE
Allons , prenons nos aises, Que la liberté régne ici;
{montrant Elmire.) Au cher objet qui vous engage.
Sans vous gêner, parlez de votre amour. SOLIMAN, à part.
Elle veut me piquer, je vais avoir mon tour...
[haut, à Elmire.) Elmire assurément mérite mon hommage.
Ses attraits...
ELMIRE
Ah ! seigneur, c'est un foible avantage. Uendez plutôt justice à ma sincère ardeur.
ROXELANE
Ah! nous allons tomber dans la langueur; Y pensez-vous de tenir ce langage ?