ACTE II, SCENE XIV. ;ii
Vous le ferez redevenir sultan :
Ne nous gâtez point Soliman.
ELMIRE
Sans contrainte , sans art , ma tendresse s'explique.
ROXELAN E.
Osmin, fais entrer la musique.
{Osmin fait un signal; tous les musiciens et musiciennes du sérail entrent, et se rangent dans le fond de la salle.)
( à Délia.) Pendant ce bel entretien-là , Chantez un air, aimable Délia.
DÉLIA, chante au son des instruments turcs.
Dans l'univers tout aime, tout désire; Du tendre amour tout peint la volupté.
Si le papillon vole avec légèreté ,
Un autre papillon l'attire.
Les fleurs , en s'agitant , semblent se caresser, Le lierre à l'ormeavi s'unit pour l'embrasser, Les oiseaux sont charmés de pouvoir se répondre, Et le doux murmure des eaux ' Est causé par plusieurs ruisseaux
Qui se cherchent pour se confondre.
ROX ELAN E.
[à Délia.) Ils sont tout occupés de leur amour transi.
( à un musicien qui tient une harpe. ) Donnez cet instrument, je veux chanter aussi.
( On lui donne la harpe ; elle prélude. Le grand-seigneur se lève et va s'appuyer sur le dos de la chaise de Roxelane. Elmire et Délia se lèvent aussi , et se parlent tout bas. Pendant ce temps les officiers enlèvent la table.)
ROXELANE chante, et s^ accompagne sur la harpe.
O vous que Mars rend invincible , Voulez-vous être au rang des dieux?
Défendez-vous, s'il est possible, D'être esclave de deux beaux yeux.
Vous triomphez par la victoire :
Mais tout l'éclat de votre gloire S'anéantit devant l'amour, Et vous cédez à votre tour.
O vous, etc.
SOLIMAN
Je n'y tiens plus; mon cœur est dans l'ivresse, (à Roxelane, en lui donnant le mouchoir.) Acceptez...
ROXELANE, prend le mouchoir et le présentée Délia. Délia , recevez ce présent :
C'est sans doute à vous qu'il s'adresse; C'est le prix de votre talent.
SOLIMAN, à part.
Quel mépris!
DÉLIA, s inclinant devant le sullatt.
Quel bonheur!