‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 219 sur 231 · SOLIMAN, ROXELANE · texte numérisé non relu

SOLIMAN, ROXELANE

SOLIMAN, après un temps.

Si je cédois à mon transport.

Je rendrois ton état plus cruel que la mort;

Mais je fais grâce à ta foiblesse.

Méprise mes bienfaits, la gloire, ma tendresse :

Ton ame ne sent rien, ue connoît point son tort ; Loin de gémir dans la tristesse...

( Roxelane sourit. ) Ah ! tu mérites bien ton sort :

Ton cœur est fait pour la bassesse.

ROXELANE, Jièrement.

Tu te trompes , sultan : céder à son malheur Est l'effet d'une ame commune.

Modeste au sein de la grandeur, Tranquille et fier dans l'infortune , C'est à ces traits qu'on connoît un grand cœur.

SOLIMAN

Un grand cœur est fier sans audace :

Quand le sort a marqué sa place, Il cède; lorsqu'il veut braver, Il se rabaisse , au lieu de s'élever.

R OXEL ANE.

Moi , je ne brave rien ; ce n'est pas mon système : Mais dans les fers , ou sous le diadème ,

On ne me verra point changer.

Aussi gaie, aussi franche, enfin toujours la même , Je sais jouir de tout sans craindre le danger. Mon bonheur n'est jamais dans ce cpii m'environne ;

Il est eu moi : rien ne m'étonne.

Tenez... Je ris toujours. Eh! pourquoi ra'affliger? (gaiement.)

Le monde est une comédie ;

Malgré l'intérêt que j y prends,

Je m'en amuse, et j'étudie

Les ridicules différents.

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