SOLIMAN, ROXELANE
SOLIMAN, après un temps.
Si je cédois à mon transport.
Je rendrois ton état plus cruel que la mort;
Mais je fais grâce à ta foiblesse.
Méprise mes bienfaits, la gloire, ma tendresse :
Ton ame ne sent rien, ue connoît point son tort ; Loin de gémir dans la tristesse...
( Roxelane sourit. ) Ah ! tu mérites bien ton sort :
Ton cœur est fait pour la bassesse.
ROXELANE, Jièrement.
Tu te trompes , sultan : céder à son malheur Est l'effet d'une ame commune.
Modeste au sein de la grandeur, Tranquille et fier dans l'infortune , C'est à ces traits qu'on connoît un grand cœur.
SOLIMAN
Un grand cœur est fier sans audace :
Quand le sort a marqué sa place, Il cède; lorsqu'il veut braver, Il se rabaisse , au lieu de s'élever.
R OXEL ANE.
Moi , je ne brave rien ; ce n'est pas mon système : Mais dans les fers , ou sous le diadème ,
On ne me verra point changer.
Aussi gaie, aussi franche, enfin toujours la même , Je sais jouir de tout sans craindre le danger. Mon bonheur n'est jamais dans ce cpii m'environne ;
Il est eu moi : rien ne m'étonne.
Tenez... Je ris toujours. Eh! pourquoi ra'affliger? (gaiement.)
Le monde est une comédie ;
Malgré l'intérêt que j y prends,
Je m'en amuse, et j'étudie
Les ridicules différents.