ACTE m, SCÈNE V
Vos grandeurs sont des mascarades; Jeux d'enfants que tous vos projets ; Lorsque la toile tombe, empereurs et sujets, Tous sont égaux et camarades.
SOLIMAN
Achevez, achevez, épuisez les bontés
D'un maître que vous irritez.
ROXELANE, d'un ton plus fjvave.
Oui, vous êtes mon maître ; à vous on m'a vendue : Mais vous a-t-on donné quelque droit sur mon cœur?
Et, de mon gré, me suis-je enfin rendue? Essayez de me vaincre, employez la rigueur:
Qui ne craint rien n'est point dans l'esclavage.
SOLIMAN
Ah ! Roxelane , quelle image !
Me croyez-vous un barbare , un tyran?
Ah ! connoissez mieux Soliman :
Il n'abusera point de son pouvoir suprême, Pour obtenir un cœur à ses vœux refusé : • Allez, ne craignez rien d'un amour méprisé;
Je vous abandonne à vous-même.
ROXELANE
Que vous dites cela d'un petit air ciisé ! (en minaudant.) Venez, venez, on vous pardonne.
En vérité , je suis trop bonne.
SOLIMAN
Qu'espérez-vous?
Vous remettre l'esprit ;
Vous guérir de votre foiblesse.
Vos fureurs, vos dédains, sont l'efFet d'un dépit Qui prouve encor votre tendresse.
{avec sentiment.) Vous avez le cœur bon, et cela m'intéresse.
SOLIMAN, à part.
Je voulois la confondre, et je reste interdit. De mes transports elle se rend maîtresse.
(à Roxetane, avec un peu d'émotion. ) Il est vrai , je vous chérissois; Mais à présent...
ROXELANE, tetulremcnt.
A présent ou m'abhorre.
SOLIMAJN.
Oui, je t'aimois, ingrate. O dieux! je t'aime encore.. Je t'aime encore, et je te hais.
Ces mouvements opposés que j'ignort .
Mais elle s'attendrit...
ROXELA.N E.
Je pleure de pitié.
Vous me touchez, et je vois avec peine Un superbe empereiir qui s'est humilié ;
Qui d'une esclave a fait sa souveraine , Sans pouvoir à son sort être jamais lie.
SOLIMAN
Eh ! qui m'en empêche?
ROXELANE, avcc Sentiment.
Moi-même.
Vous méritez que Fon votis aime ; Mais je vous plains d'être sultan.