ACTE II, SCÈNE V
(jetant un coup dœil sur le dessus de cette lettre. ) Elle vient de Paris; elle n'est point timbrée... ( la portant à son nez.)
Que diable! elle est cruellement ambrée! [mettant ses lunettes, pour en lire l'adresse.) . ( lisant l'adresse haut. ) Bon!... « A monsieur, monsieur Dupuis...»
[Il lit bas dans la lettre. ) Lisons... Je ne sais où j'en suis!
[conlinuanX de lire bas, et s' arrêtant par intei-vnlles.) C'est un poulet : parbleu ! je n'ai plus de maîtresse... Est-ce que je me tromperois?
Aurois-je donc mal lu l'adresse?
[relisant l'adresse de la lettre.) Non... " A monsieur Dupuis... chez monsieur Des Ronais. [étant ses lunettes, et continuant avec la joie la plus
marquée. ) Bon! je n'avois pas lu l'adresse tout entière. La dame s'est trompée en mettant le dessus. A présent je n'en doute plus; Et je vois d'ici la manière Dont s'est fait cet heureux quiproquo-là!... j'y suis! En écrivant le dessus de sa lettre.
Bonnement , elle aura cru mettre :
« A monsieur Des Ronais, chez... chez monsieur Dupuis. [dun ton sérieux, en se promenant.) J'aurois à me faire un scrupule...
Si j'avois, par ma faute, ouvert un tel billet; [gaiement.) ]^Iais c'est la leur... Il seroit ridicule
De ne pas profiter de ce tendre poulet , Qui peut à mes délais servir de bon prétexte.. . ( // reprend ses lunettes, lit, en marmottant entre ses dents, et laisse , par intervalles , échapper quelques mots. ) Relisons, et prenons d'après ceci mou texte. « Hou... hou... hon... àvotre comtesse... Hon... hon... « hon... hon... c'est jeudi le jour... Hon... hon... hon... « mon cher Des Ronais, » et caetera.
C'est un bon reudez-vous , et donué pour jeudi A Des Ronais , et par une comtesse ,
( regardant si la lettre est signée. ) Qui ne se nomme pas... Mais , à ce ton hardi. Du très grand monde... au style aisé, plein de noblesse ^
Cette femme-là me paroît
Etre de la plus haute espèce :
C'est de ces femmes qu'on connoît.
Dans le fond, je sens bien que c'est une misère Qu'un tel arrangement... Je ne m'alarme guère D'un goût foible, où le cœur n'est jamais pour rien... Mais^ Puisque j'ai preuve en main de cette belle affaire, Je veux, au bruit que je prétends en faire,
Que sur ce point-là Des Ronais
Juge mon courroux fort sincère.
Et là-dçssus appuyer mes délais...
( de iair le plus malin, et avec la joie la plus vive.)
Dans la circonstance où nous sommes , Notre ami , vous avez un rendez-vous jeudi ! Ah ! quellejoie! ah! quel heureux coup d'étourdi!..