‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 34 sur 231 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

' Non , sa légèreté m'otïense , J'y suis sensible, je la voi.

Mais, vous, mon père , hélas ! pourquoi En montrez- vous eucor plus tle courroux que moi? Malgré toute la complaisance Et le respect que je vous doi , Voulez-vous enfin que je pense...

M. DU PUIS

[C interrompant avec colère.) {à part.) Quoi donc! que penses-tu?... J'enrage!

MARIANNE, avec un peu d'humeur.

Mais, je croi, Sans m'éloigner trop de la vradsemblance. Que les torts, trop réels, de monsieur Des Ronais V^ous servent bien dans les projets Que vous vous étiez faits d'avance.

M. DU PUIS, toujours avec colère.

Quels projets?... Ma conduite est toute simple... Eh ! mais, C'est le fait seul qui parle, et que je te présente : Des Ronais aime ailleurs.

MARIANNE, pleurant de dépit.

Aimer! c'est bientôt dit; Aimer !... Que votre ame est contente D'appuyer sur ce mot... que mon cœur contredit !

M. DU P uis, d'un ton ironique et amer. \:\\ ! oui, flatte-toi donc que cette grande dame

N';i plus aucun droit sur son ame , Et ne lui fera pas négliger les Dupuis, Et la petite fille !

5o DUPUIS ET DES RONATS.

DES RODAIS, en fureur.

Ah ! monsieur, je ne puis Tenir à ce reproche horrible.

MARIA N'N E , à part.

Eh ! son projet est bien visible.

DES RONAis, avec transport.

Marianne , de mille coups Je percerois ce cœur, s'il eût été sensible ,

Un seul instant , pour une autre que vous. M. DUPUIS, très bruscjuement.

Bon! bon! discours d'amants!... Ils se ressemblent tons.

MARIANNE, naïvement et très vivement.

Non, ceux-là sont sentis.

DES RONAis, avec ta dernière impétuosité.

Sans doute , et c'est mon ame Qui parle, qui vous peint, qui veut, en traits de flamme.

Dans votre cœur graver mou repentir..; Dans le mien le remords s'est déjà fait sentir. Ce n'est pas d'aujourd'hui que mou amour réclame Contre l'erreur qui l'a surpris...

Si vous saviez tout le mépris Que , dès cet instant-là , j'ai conçu pour moi-même , Pour ma fatuité, pour ma foiblesse extrême.. .

( se jetant aux pieds de Marianne.) Oui, Marianne, ici je le jure à vos pieds. Malgré votre courroux, malgré vos justes plaintes. Si vous aviez pu voir mes remords et mes craintes. Vous-même vous me plaindriez.

MARIANNE, avec èmotion et dignité.

Écoutez, Des Rouais... Je veax votre parole

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