ACTE I, SCÈNE I. 8i
je dois tout sacrifier pour suivre cette grande affaire que vous savez...
LE DUC DE BELLEGARDE, l'interrompant.
Eh! y a-t-il donc à balancer? Oh! monsieur, il faut faire marcher les affaires d'abord... Que les femmes viennent après, on leur donne son temps, s'il en reste.
LE M.\RQUIS DE COIVCHIiM.
Je conviens de tout cela ; mais c'est que vous ignorez que, dans l'instant même, je reçois une lettre de Fabrici, de mon valet de chambre de confiance , de celui qui a chez moi le détail de ces choses-là ; et ce négligent coquin me marque que cette petite paysanne s'est sauvée hier,dès le grand matin, en attachant ses draps à sa fenêtre, de la maison de Paris, où je la faisois garder à vue par ce maraud-là.
LE DUC DE BELLEGARDE, d'un air surpris.
Agathe s'est enfuie de chez vous?... Je ne conçois rien à cela. Comment! eh! à quoi en étiezvous donc avec elle?
LE MARQUIS DE COXCHIXI
J'en étois... j'en étois à rien.
LE DUC DE BELLEGARDE
A rien? Allons donc , quel conte !
LE MARQUIS DE CONCHISI
Oh! à rien; ce qui s'appelle rien.
LE DUC DE BELLEGARDE
Eh mais ! cela est fabuleux , ce que vous voulez me faire croire là.
LE MARQUIS DE CONCHIJSI
Ce n'est point une fable, vous dis-je : d'honneur, rien n'est plus vrai. La petite sotte aime un animal de paysan, qu'elle alloit épouser quand je la fis enlever par Fabrici; elle adore monsieur Richard, le fds d'un meunier qui est de son village, qui est de Lieursain.
LE DUC DE BELLEGARDE, d'iin ait' vailleur.
Un paysan de Lieursain? l'héritier présomptif d'un meunier? Voilà ce qui s'appelle un rival à craindre! Comment diable! voilà des obstacles qui ont dû vous arrêter tout court.
LE MARQT3IS DE CONCHINI.
Ne pensez pas rire, monsieur le duc, ils ont été insurmontables, du moins, pour moi. C'est que c'est une vertu!... c'étoient des fureurs!... Quoi donc ! une fois n'a-t-elle pas pensé se poignarder avec un couteau qu'elle trouva sous sa main, que j'eus toutes les peines du monde à lui arracher.
LE DUC DE BELLEGARDE, d'un air badin.
Fort bien!,.. Continuez, monsieur; vous rendez, de plus en plus , votre petit roman fort vrai-