‹ Chefs d'œuvre dramatiques de Collé, et FavartChapitre 66 sur 231 · ACTE I, SCÈNE VI. io · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI. io

(le croire que vous n'avez point eu , dans cette affaire-ci même , de soupçons réels sur ma fidélité... ce que j'appelle de véritables soupçons. Non, sire, vous n'en avez point eu.

HESRi, reprenant vivement.

Pour de vrais soupçons, non, mon ami, je n*en ai point eu ; à peine étoient-ce de légères inquiétudes , et si foibles encore qu'elles n'avoient aucune tenue.... Eh! tiens , mon cher Rosni, je vais t'ouvrir mon cœur : je n'eusse jamais eu ces légères inquiétudes , jamais l'on ne fut parvenu à me donner les moindres ombrages sur ta fidélité, si nous eussions vécu, tous les deux, dans un autre temps : mais , dans ce siècle affreux , dans ce siècle de troubles, de conspirations, de trahisons, où j'ai vu, où j'ai éprouvé les plus noires perfidies de la part de ceux que j'avois traités comme mes meilleurs amis ; où j'ai pensé être mille fois le jouet et la victime de la scélératesse de leurs complots... tu me pardonneras bien, mon cher ami, ces petites échappées de défiance.... Je les réparerai, monsieur de Rosni, par de nouveaux bienfaits, qui porteront au plus haut point d'élévation et vous et votre maison. Je veux que....

LE DUC DE SULLi, l'inteirompant avec feu.

Arrêtez, sire! Vos bontés pour moi iroicnt

peut-être trop loin : il faut y mettre îles bornes. Vos malheurs et les plus noires ingratitudes ont dû nourrir et étendre vos défiances ; que votre cœur n'en ait plus désormais pour moi : je le mérite. Mais que votre majesté mette la plus grande prudence et une extrême circonspection dans les bienfaits dont elle voudroit encore m'honorer. Je suis le premier à lui demander à genoux de ne jamais me donner de places fortes , de principautés; en un mot, de ne jamais me faire de ces sortes de grâces qui puissent me donner la possibilité de me déclarer chef de parti, si je voulois le tenter. Ces graces-là , sire, sont des armes qui n'en seroient jamais pour moi; mais je veux ôter à mes ennemis le prétexte de m'en faire des crimes.

HENKi, avec la plus grande vivacité de sentiment.

Grand-maître, tu n'auras jamais d'ennemis à craindre tant que je vivrai.

LE DUC DE SULLi , après S être incliné pour le remercier.

Ah ! sire , plût à Dieu que cela fût vrai ! . . . Mais cet entretien-ci est la preuve du contraire, et des effets cruels que peuvent produire des calomnies, travaillées de main de courtisan.

HENRI, avec la dernière vivacité.

Eh: mais, elles n'en auroient produit aucuns,

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