ACTE 1, SCENE VI. io
si, depuis que je vous boude, cruel homme que vous êtes, vous eussiez voulu venir bonnement vous éelaircir avec moi... Ah ! Rosni , cela n'est pas bien à vous! Depuis trente ans que je vous ai juré amitié, moi, je n'ai rien eu sur le cœur que je ne l'aie déposé dans votre sein : projets, affaires, plaisirs, amitiés, amours, chagrins domestiques, je vous ai tout confié; et vous, vous vous tenez sur la réserve pour une mince explication avec moi!... Les larmes m'en viennent aux yeux ! Les princes ne peuvent-ils donc avoir un ami ?
LE DUC DE SULLI, du ton le plus attendri.
Ah! mon adorable maître ! cette force, cette
vérité de sentiment, m' éclairent à présent sur ma
faute. Oui, sire , j'ai eu tort de ne m'être pas ex-
phqué dès le premier instant, et de...
HENRI, l'interrompant avec la plus grande
vivacité.
Oui , monsieur !... et vous sentiriez encore mille fois davantage votre tort, si vous saviez, mon ami, ce que j'ai souffert, moi, pendant notre espèce de brouillerie.... Que cela n'arrive donc plus... Je ne veux pas que nos petits dépits durent plus de vingt-quatre heures ; entendezvous , Rosni?
io6 LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV. LE DUC DE SULLI, avec passlon.
Oh ! je les préviendi'ai dès leur naissance. Ah! sire! ah! mon ami! Pardonnez au trouble de mon cœur... ce mot... qui vient de m' échapper. HENRI, avec la dernière vivacité.
Appelle-moi ton ami , mon cher Rosni ! ton ami ! Eh*! que je l'ai bien sentie cette amitié que j'ai pour toi ! Tiens, lorsque tout à l'heure, auparavant de passer chez la reine, je me suis contraint à te faire un accueil froid, et que je t'ai appelé ■monsieur, te rappelles-tu de ne m' avoir répondu que par une inclination de tête et une révérence profonde? Eh bien! en voyant ta douleur et ton attendrissement, mon cher Rosni, peu s'en est fallu que , dans ce moment, je ne t'aie jeté les bras au cou, et que je n'aie commencé par là notre explication.
LE DUC DE SULLI, dans le dernier attendrissement, et d'une voix entrecoupée.
Ah! sire! ce dernier trait... Ah! permettez qu'avec les larmes de la joie et de la plus tendre sensibilité, je me précipite à vos pieds pour vous lemercier... {Use jette aux pieds du roi.) HENRI, le relevant avec vivacité.
Eh! que faites-vous donc là, Rosni?... Relevez-vous donc... Prenez donc, prenez donc garde .