ACTE II, SCÈNE XIII. i3g
sieur, que j'ai l'honneur d'appartenir au roi, et que, quoique je sois un des plus minces officiers de sa majesté, je suis aussi peu disposé que vous à souffrir qu'on lui fasse tort. J'ai suivi le roi à la chasse : le cerf nous a menés de la forêt de Fontainebleau jusqu'en celle-ci ; je me suis perdu, et...
MICHAU, l'interrompant.
De Fontainebleau le cerf vous mener à Lieursain? ça n'est guère vraisemblable.
HE^SRi, à part.
Ah! ah ! je suis à Lieursain.
MICHAU
Ça se peut, pourtant. Mais pourquoi avons quitté, avons abandonné notre cher roi à la chasse? Ça est indigne , ça!
HENRI
Hélas! mon enfant, c'est que mon cheval est mort de lassitude.
MICHAU
Falloit le suivre à pied, morgue! S'il y arrive queuqu'accident, vous m'en répondrais déjà!... Mais , tenais , j'ons bian de la peine à vous craire. Là, dites-moi, là, dites-vous vrai?
HENRI
Encore un coup, je vous dis que je ne mens jamais.
i4o LA PARTIE DE CHASSE DE HENRI IV. MICHAU, à^arf.
Queu chien de conte! ça vit à la cour, et ça ne ment jamais. Eh ! c'est mentir ça.
HENRI, légèrement.
Eh bien ! monsieur l'incrédule, donnez-moi retraite chez vous, et je vous convaincrai que je dis la vérité.. . (7/ tire de sa poche une pièce d'or et la lui donne. ) Pour commencer, voici d'abord une pièce d'or, et demain je vous promets de vous payer mon gite, au-delà même de vos souhaits.
MICHAU
Oh ! tatigué î je voyons à présent que vous dites vrai ; vous êtes de la cour. Vous baillais une bagatelle aujourd'hui , et vous faisien pour le lendemain de grandes promesses, que vous n' quiendrais pas!
HENRI, à part.
Il a de l'esprit.
M ICH AU
Mais, apprenais que je li'sis pas courtisan, moi; que je m'appelle Michel Richard, ou plutôt, qu'on me nomme Michau; et j'aime mieux ça, parceque ça est plus court; que je sis meunier de ma profession... (^lui l'en dant sa pièce) que j' nous que faire de vot' aigent ; fjue je sons riches.