ACTE III, SCÈNE I. i \y
gesse encore !... Mais n'en parlons pus ; c'est une trop vilaine histoire.
CATAU
Eh ben ! ma mère , contez-moi donc d'autres histoires. ..Contez-moi, par exemple, d's'histoires d'esprits. C'est ben singulier! je n'voudrois pas voir eun esprit pour tout l'or du monde, et si c'tapendant je sis charme'e quand j'entends raconter d's'histoires d'esprits. Si ben donc, ma mère, que vous allez m'en dire eune? MARGOT, tout enfilant.
Volontiers, Catau ,puisqu'ça te réjouit... Mais c't'ella est ben sûre , ma fille ! c'est Michau , c'est vot' père li-même qu'a vu revenir c't'e.sprit-là.... qui revenoit.
CATAU
Mon père l'a vu?... il l'a vu?
MARGOT
Vot' père... Ce ne sont pas là des contes, puisque c'est li-même qui l'a vu... Je u'venions que d'être mariés , et y venoit de perdre son père ; et v'ià que, tout d'un coup, quand Michavi fut couché, et que sa chandolUe fut éteinte, il entendit d'abord l'esprit, qui revenoit sans doute du sabbat... qui s'glissoit tout le long de sa cheminée... et qui enlrit dans sa chambre en traînant
de grosses chaînes... trelaà... trela à... trela à...
trela !
CATAtj, toute tremblante.
De grosses chaînes ? Ah ! le cœur me bat !.. . De grosses chaînes?...
MARGOT
Oui , mon enfant , de grosses chaînes , et qui faisient un bruit terrible 1... Et pis après, le revenant allit tout droit tirer les rideaux de son Ut : cric!... crac!... cric!... crac!...
CATAU , tremblant encore davantage.
Ah ! bon Dieu ! bon Dieu ! que j'aurois t'eu de frayeur!... Eh! de queue couleur sont l'sesprits? Dites-moi donc ça , pisque mon père a vu c'ti-là.
MARGOT
Oh ! pardienne ! il n'eli' vit pas en face ; car de peur de l'voir, vot' père fourrit bravement sa tête sous sa couverture. Mais il entendit ben distinctement l'esprit qui lui disoit : « Eends à monsieur « le curé six gearbes de blé dont ton père \x a fait « tort sur la dîme, ou sinon, demain je viendrai « te tirer par les pieds. »
CATATJ, plus tremblante.
Ah! tout mon sang se fige!... Et mon père eutil ben peur? ( On frappe h la porte. ) Bonté divine î n'est-ce pas là un esprit?