‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Dancourt (volume 2)Chapitre 113 sur 192 · ÉRASTE, LA FLECHE, LISETTE · texte numérisé non relu

ÉRASTE, LA FLECHE, LISETTE

LISETTE

Encore une fois, monsieur, si vous avez quelque considération pour elle, retournez à Paris, et qu'on ne vous voie point ici.

ÉRASTE

Ma pauvre Lisette , que j e lui parle un moment , «ue je la voie seulement, je t'en conjure.

LISETTE

Mais vous êtes le maître ; vous voilà dans le logis, il ne tient qu'à vous d'y demeurer. Je crois même que si Mariane vous y savoit, elle auroit peut-être autant d'empressement de vous voir et de vous parler que vous en témoignez vousmême.

ÉRASTE

El pourquoi donc ne veux-tu pas nous donner cette satisfaction à l'un et à l'autre?

i66 LA MAISON DE CAMPAGNE.

LISETTE

C'est que j'en sais les conséquences. Dès que vous serez ensemble, vous ne pourrez vous résoudre à vous quitter : quelqu'un vous surprendra ; et où en serons-nous, s'il vous plait?

LA FLÈCHE

Eh bien ! quand on nous surprendra , nous jettera-t-on par les fenêtres?

Non ; mais on me mettra à la porte, et on enverra Mariane dans un couvent.

ÉRASTE

Et n'y seroit-elle pas moins gênée que dans la maison de son père?

LISETTE

Oh! vraiment non, elle n'y seroit pas moins gênée. Vous ne savez pas ce que c'est qu'un couvent pour une grande fille qui a coutume d'être dans le monde.

ÉRASTE

Mais ne suis-je pas bien malheureux? Ce logis est ouvert à tout le monde, et je suis peut-être le seul à qui il n'est pas permis d'y venir librement.

LISETTE

C'est que vous êtes un épouseux, vous, et que monsieur Bernard ne veut point de gens qui épousent.

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