SCENE I
LA FLÈCHE
Et que veut-il donc, de par tous les diables?
LISETTE
Ce qu'il veut? C'est un ladre, qui veut garder sa fille et son argent pour lui.
LA FLÈCHE
Oh! il veut, il veut! Nous ne voulons pas, nous. Pour l'argent, passe ; mais pour la fille, si elle vouloit prendre de mes almanachs, je de'fierois bien un re'giment de pères de la gaider.
LISETTE
Elle n'en prendi-a pas, je t'en réponds.
LA FLÈCHE
Tant pis : nous ne venons pourtant ici que pour cela, mon maître et moi; et si vous faisiez bien l'une et l'autre, sans tant faire de façons , il enlêveroit ta maîtresse, je t'enlèverois, moi : ce seroit justement partie carrée, et nous vous ferions voir du pays, je t'en réponds.
LISETTE
Quoi, mort de ma vie! vous seriez assez hardis de vous jouer à la justice, et d'enlever la fille d'un gentilhomme de robe? Et toi, maroufle, tu as l'effronterie de me proposer...!
LA FLÈCHE
Oh, oh! tu vas faire la dragonne de vertu, comme à ton ordinaire. Fais-nous, fais-nous parler à ta
i68 LA MAISON DE CAMPAGNE, maîtresse ; elle sera pcTit-étre plus raisonnable.
ÉRASTE
Mais est-il possible, Jjisette, que son frère ne soit point ici? il est de mes intimes, et, malgré l'entêtement de son père...
LISETTE
Je vous ai déjà dit qu'il y a trois jours qu'il est à la chasse avec de ses amis : il ne fait guère d'ordures au logis, \Taiment; et ce n'est pas sa fdle seule que notre vieil avaricieux fait enrager : il n'y a personne qui ne se sente de sa mauvaise humeur; sa femme même a bien de la peine à le mettre à la raison. Il ne veut voir personne chez lui; ce seroit lui arracher l'ame que de tuer un lapin dans sa garenne, et il se désespère autant de fois qu'il voit à sa table quelque personne d'extraordinaire.
ÉRASTE
Vous vous ennuyez donc furieusement ici ?
LISETTE
Pas trop; mais le vieux penard se désespère souvent; car, il a beau faire et beau dire, madame sa femme va toujours son tr,ain. Le petit homme crève de dépit, etMariane et moi pâtissons de ses chagrins. Mais tout est perdu, j'entends quelqu'un ; c'est lui peut-être.