‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de DancourtChapitre 31 sur 232 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

M. GRIFFARD, LISETTE.

M. GRIFFARD.

Bonjour, ma chère enfant.

LISETTE

Monsieur, je suis votre très humble servante.

M. GRIFFARD.

Ta belle maîtresse est-elle visible ? et monsieur le notaire est-il au logis ?

LISETTE

Il n'y a personne, monsieur, depuis le matin; monsieur est en ville, et madame vient de sortir avec madame votre épouse.

M. GRIFFARD.

Le hasard m'est bien favorable. Je suis ravi de te trouver seule, Lisette , et j'ai mille choses à te dire.

LISETTE

Me voilà prête à vous écouter. ( h part. ) Voilà un bourru bien radouci , à ce qu'il me semble.

M. GRIFFARD.

Comment ton maître et ta maîtresse vivent-il» ensemble, dis?

LISETTE

Comme un mari et une femme. Ils sont toujours fâchés, se querellent souvent, se raccommodent peu, boudent sans cesse, se plaignent fort l'un de l'autre, et peut-être ont tous deux raison. C'est tout comme chez vous enfin , et n'estce pas tout de même?

M. GRIFFÀRD.

Mais quel parti prends-tu dans leurs différents , toi?

LISETTE

Quel parti, moi? Je suis pour madame; et, si vous voulez que je vous parle net, je ne crois pas qu'un mari puisse avoir raison.

M. GRIFFARD.

J'en conviens ; il y a des gens insupportables.

LISETTE

De petits bourrus éternels, par exemple.

M. GRIFFARn.

Il est vrai.

LISETTE

Qui ne sont faits que pour damner le genre humain.

M. GRIFFARD.

Et pour se tourmenter eux-mêmes.

Toujours grondants, de mauvaise humeur.

Page 1