ACTE IV, SCÈNE VI loi
LISETTE
Voilà de quoi Lien passer son temps, madame.
ANGÉLIQUE
Oh! pour cela non, mon fils, je vous prie; hors Araminte, qui a les manières de condition, je ne veux voir que des femmes de qualité, s'il vous plaît.
M. SIMON
Eh bien ! oui, des femmes de robe.
ANGÉLIQUE
Non , monsieur, des femmes d'ëpée : c'est mon foible que les femmes d'ëpée, je vous l'avoue.
Madame aies inclinations tout-à-fait militaires.
M. SI MON
Eh bien ! soit , des femmes d'ëpëe , tout comme tu voudras.
ANGÉLIQUE
Nous donnerons de petits concerts quelquefois.
M. SIMON
Des concerts ici dans ma maison ?
ANGÉLIQUE
Oui , mon fils : comme vous voulez que j'y demeure toujours, il faut bien que je m'y divertisse.
LISETTE
Elle a tant de complaisance pour vous, que
I02 LES BOURGEOISES A LA MODE, vous ne sauriez vous défendre d'en avoir un peu pour elle.
M. SIMO>-
Mais...
ANGÉLIQUE
Mais , monsieur, il me faut de la musique trois jours de la semaine seulement ; trois autres aprèsdînées, on jouera quelques reprises d'hombre et de lansquenet, qui seront suivies d'un grand souper; de manière que nous n'aurons qu'un jour de reste, qui sera le jour de conversation : noug lirons des ouvrages d'esprit; nous débiterons des nouvelles; nous nous entretiendrons des modes; nous médirons de nos amies; enfin nous emploirons tous les moments de cette journée à des choses purement spirituelles.
LISETTE
Quel ordre, monsieur ! Elle veut vivre régulièrement, comme vous voyez.
M. SIMON
Quelle chienne de régularité 1
ANGÉLIQUE
Et comme cette vie aisée, douce, agiéable, pourroit attirer trop grand monde, pour n'être point accablée de visites importunes, il faudra que nous ayons un portier, s'il vous plaît.