‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 121 sur 232 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

ARISTE

Oh ! c'est une beauté.

LE MARQUIS

A-t-el!e de l'esprit, dites-moi?

Comme un ange.

LE MARQUIS

Et vous la refusez?

ARISTE

Oui.

LE MARQUIS

Vous êtes étrange !

Et si votre oncle va me donner tout son bien?

ARISTE

Qu'il me laisse en repos, et je n'y prétends rien.

LE MARQUIS

Malgré cela, pourtant, je regrette Mélite.

ARISTE

Vous vous exagérez un peu trop son mérite; Pour moi , je n'y vois rien qui soit si merveilleux.

LE MARQUIS

Ou vous soupçonne fort d'avoir de meilleurs yeux. Non, Mélite jamais ne peut être oubliée; Mais j'y dois renoncer, puisqu'elle est mariée.

ARISTE

Mariée?

LE MARQUIS

Oui vraiment.

A RISTE.

Vous voulez plaisanter.

i«8 LE PHILOSOPHE MARIÉ.

LE MARQUIS, lui frappant sur l'épaule.

Notre ami , c'est un point dont je ne puis douter ; On a su découvrir cette affaire secrète Par la sœur de Mélite, et même par Finette; Et ceux, qu'elles avoieiit choisis pour cotilideuts M'ont confié le fait depuis quelques instants. On sait même le nom du mari de Mélite; On vante son esprit, sou l^un cœur, son mérite; Grand philosophe, mais bizarre, sin^julier; Honteux d'avoir enfin osé se marier, Et voulant au public cacher cette sottise , De crainte qu'à son tour on ne le tympanise.

{Il rit.) Ne le pourriez- vous point connoître à ce jioi trait.'

ARISTE

.\ peu près.

LE MARQUIS

Ah! tant mieux, j'en suis fort satisfait. Eh bien! dites-lui donc qu'on sait son mariage; Et conseillez-lui fort de s'armer de courage. Afin de recevoir galamment aujourd'hui Certains petits brocards qui Nont fondre sur lui.

( // sort en riatil. )

Page 1