‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 146 sur 232 · LISETTE, PASQUIN · texte numérisé non relu

LISETTE, PASQUIN

PASQUIN

J'ai pitié, comme vous, de ce pauvre LaHeui .

Le comte de Tufière est donc un fier seigneur?

PASQUIN

C'est là mon second point.

LISETTE

Fort bien.

PASQUIN

Sa pulitif]ur

Est d'être toujours grave avec un domestique.

S'il lui disoit un mot, il croiroit s'abaisser;

Et qu'un valet lui parle, il se fera chasser.

Enfin, pour ébaucher en deux mots sa peinture,

C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la nature.

Pour ses inférieurs plein d'un mépris choquant ,

Avec ses égaux même il prend l'air important :

Si fier de ses aïeux, si fier de sa noblesse.

Qu'il croit être ici-bas le seul de son espèce;

Persuadé d'ailleurs de son habileté,

Et décidant sur tout avec autorité ;

Se croyant en tout genre un mérite suprême ;

Dédaignant tout le monde, et s'admirant lui-même;

En un mot, des mortels le plus impérieux.

Et le plus suffisant, et le plus glorieux.

LISETTE

Ah! que nous allons rire!

PASQUIN

Et de quoi donc?

LISETTE

Son faste , Sa fierté, ses hauteurs, sont un parfait contraste Avec les qualités de son humble rival.

Qui n'oseroit parler, de peur de parler mal. Qui par timidité rougit comme une fille , Et qui , quoique fort riche, et de noble famille, Toujours rampant, craintif, et toujours concerté, Prodigue les excès de sa civihté.

Pour les moindres valets rempli de déférences. Et ne parlant jamais que parses révérences.

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