ACTE I, SCENE IV
Oui , ma foi , le contraste est tout des plus parlaits : Et nous en pourrons voir d'assez plaisants effets. Ce doucereux rival, c'est Philinte, sans doute? Mon maître d'un regard doit le mettre en déroute.
LISETTE
Mais ce comte si fier est donc bien riche aussi ^ Du moins il le paroît.
PASQUIN
Riche ? Non, Dieu merci:
Car c'est là quelquefois ce qui rabat sa gloire; Et tout son revenu , si j'ai bonne mémoire, Vient de sa pension , et de son régiment : Mais il sait tous les jeux, et joue heureusement; C'est par là qu'il soutient un train si magnifique.
LISETTE
Et faites- vous fortune?
PASQTJIN.
Oui , par ma politique.
Avec moi quelquefois il prend des libertés. Je le boude, il sourit. Mes dépits concertés, Un air froid et rêveur, quelques bi-usques paroles , L'amènent où je veux. Par qviatre ou cinq pistoles Il cherche à m'apaiser, à me calmer l'esprit; Et comme j'ai bon cœur, son argent m'attendrit.
LISETTE
Vous m'avez mise au fait, et je vais vous instruire. Le comte va bientôt lui-même se détruire Dans l'esprit d'Isabelle; oui, soyez-en certain. S'il ne lui cache pas son naturel hautain.
23o LE GLORIEUX.
Elle est d'iiuineur liante, affable , sociable : L'orgueil est à ses yeux un vice insupportable; Et malgré les grands biens qui lui sont assurés, Son air et ses discours sont simples, mesurés, Honnêtes, prévenants , et pleins de modestie.
PASQUIN
Si bien qu'avec mon maître elle est mal assortie ?
LISETTE
Il aura son congé, s'il ne se contraint point. Donnez-lui cet avis.
Il est haut à tel point...
LISETTE
J'entends du bruit. Je crois que c'est notre vieux niaîlre. Ne me laissez pas seule avec lui.
PASQUIN
Ce vieux reître Est-il si dangereux?
LISETTE
A cinquante-cinq ans.
Il est plus bbertin que tous nos jeunes gens ; Et ce qui me surprend, c'est que son fils Valère A toute la sagesse et la vertu d'un père.