SCÈNE V
LISIMON, LISETTE, PASQUIN.
L I s I M o >' , courant à Lisette.
Bonjour, ma chère enfant; embrasse-moi bien fort. Comment donc, tu me fuis?
LISETTE
Réservez ce transport Pour madame.
LISIMOX.
Eh ! fi donc ! Tu te moques , je pense ? J'arrive de campagne; et, plein d'impatience De te revoir, j'accours... Quel est ce garçon-là? Tête à tête tous deux? Je n'aime point cela. Je gage qu'avec lui tu n'étois pas si fière ?
Nous nous entretenions du comte de Tufière, Son maître.
Ce seigneur que Ion m'a proposé Pour ma fille?
PASQLIN.
Oui, monsieur.
Je suis très disposé, Sur ce qu'on m'en écrit, à le choisir pour gendre. On me le vante fort; et l'on me fait entendre Qu'il est homme d'honneur, de grande qualité. Mais est-il vif , alerte , étourdi , bien planté ,
Bon vivant? car je veux tout cela pour ma fille.
p A s Q U I JN .
Vous faites son portrait, et c'est par là qu'il brille.
LISIMON.
Bon. Aime-t-il la table, et boit-il largement?
PAsqcrix.
Diable! il est le plus fort de tout le régiment. Il a fait son chef-d'œuvre en Allemagne, en Suisse.
LISIMON.
Voilà mon homme. Il faut que l'autre déguerpisse.
LISETTE
QuiPPhiliute?
Lui-même. Il me cajole en vain.
C'est un homme qui met le tiers d'eau dans son vin. Ce fade personnage en ses façons discrètes Me donne la colique à force de courbettes. Mon gendre buveui- d'eau! Fût-il prince, morbleu! Je le refuserois. !Xous allons voir beau jeu; Car ma femme, dit-on , le destine à ma fille. Sait-elle que je suis le chef de ma famille, Le monarque absolu d'elle et de mes enfants? Que j'en veux disposer? Mais est-elle céans?
LISETTE
Oui, monsieur.
Tu diras à ma chère compagne Quil faut que dès ce soir elle aille à la campagne.
LISETTE
Et pourquoi donc?