ACTE I, SCÈ>'E VI
LISETTE
A moi, Monsieur? Y pensez-vous?
LISIMON.
Oui, ma petite reine; De mon cœur, de mes biens, je te rends souveraine.
LISETTE
Ce langage est obscur, et je ne l'entends jxis.
LISIMOX.
Je m'en vais m'expliquer. Charmé de tes appas,
J'ai conçu le dessein de faire ta fortune.
Pour nous débarrasser d'une foule importune,
Je te veux à l'écart loger superbement.
Les soirs, j'irai chez toi souper secrètement.
Je ferai tous les frais d'un nombreux domestique.
D'un équipage leste autant que magnifique :
Habits, ajustements, rien ne te manquera;
Et sur tous tes désirs mon cœur te préviendra.
jVfentends-tu maintenant?
LISETTE
Oui, monsieur, à merveille.
LISIMO>.
Et ce discours, je crois, te chatouille l'oreille? Que réponds-tu, ma chère, à ces conditions?
LISETTE
Je ne puis accepter vos propositions, Monsieur, sans consulter une très bonne dame ^ue j'honore.
L I s I M o \ , Et qui donc^
LISETTE
Madame voire femme.
Comment diable, ma femme!
LISETTE
Oui, monsieur, s'il vous plaît:
A ce qui me regarde elle prend intérêt; Et je ne doute point qu'elle ne soit ravie De me voir embrasser ce doux genre de vie.
LISIMON.
Te moques-tu?
LISETTE
Je vais aussi prendre l'avis De ma maîtresse, et puis de monsieur votre fils. Tous trois, édifiés, à ce que j'imagine, Du soin que vous prenez d'une pauvre orpheline, .Seront touchés de voir que, lui prêtant la main , Vous la mettiez vous-même en un si beau chemin , Et qu'à votre âge enfin votre charité brille Jusqu'à les ruiner pour placer une fille.
LISIMON.
Tu le prends sur ce ton?
LISETTE
Oui, monsieur, je l'y prends.
Apprenez, je vous prie, à connoître vos gens : Un cœur tel que le mien méprise les richesses. Quand il faut les gagner par de telles bassesses.
LISIMOX.
Oh ! puisque mon amour, mes offres , mes discours , Ne peuvent rien sur toi, je prétends...