LYC ANDRE
Devenez plus modeste, en devenant heureux.
LISIMON.
C'est bien dit. Je vous fais compliment à tous deux Je n'ai pas attendu ce que je viens d'apprendre, Pour choisir votre fils en qualité de gendre, Parcequ'à l'orgueil près il est joli garçon. Voici notre contrat; signez-le sans façon.
LYCANDRE.
Quoique notre fortune ait bien changé de face, De vos bontés pour lui je dois vous rendre grâce ; Et pour m'en acquitter encor plus dignement, Je prétends avec vous m'allier doublement.
LISIMON.
Comment?
LYCANDRE,
Pour votre fils je vous offre ma fille. VALÈRE, à Lisette.
Je suis perdu.
L'honneur est grand pour ma famille.
Très agréablement vous me voyez surpris. J'accepte le^rojet. Mais est-elle à Paris , Votre fille?
LYCANDRE,
Sans doute. Approchez-vous, Constance; Et recevez l'époux.... J
LISIMON. 1
Vous vous moquez, je pense?
?J53 C'est Lisette.
LYCANDRE.
Ce nom a causé votre erreur.
Venez, ma fille. Comte, embrassez votre sœur.
LISIMON.
Sa sœur, femme de chambre.
LYCANDRE, au comte.
Une telle aventure Des jeux de la fortune est une preuve sûre. Grâce au ciel , votre sœur est digne de son sang. Sa vertu, plus que moi, la remet dans sou rang.
VALÈRE
Quel heureux dénouement! Je vais mourir de joie
ISABELLE, à Lisette.
Je prends part au bonheur que le ciel vous envoie.
LISETTE, ait comte.
En me reconnoissant, confirmez mon bonheur.
Je m'en fais un plaisir, je m'en fais un honneur,
L 1 SI M o N , à Lycandre.
Et moi , de mon côté, je veux que ma famille Puisse donner un rang sortable à votre fille : Car avec de l'argent on acquiert de l'éclat ; Et je suis en marché d'un très beau marquisat , Dont je veux que mon fils décore sa future. Dès ce soir, monsieur Josse, il faudra le conclure. Allez voirie vendeur; et que demain mon fils Ne se réveille point sans se trouver marquis.
( au comte. ) Etes-vous satisfait ?
LE COMTE
Oïl ne peut davantage.
LI SIMON
Eou. Nous allons donc faire un double mariage.
ISABELLE, au comtc.
Mon cœur parle pour vous, mais je crains vos hauteurs.
LE COMTE
L'amour prendra le soin d'assortir nos humeurs. Comptez sur son pouvoir. Que faut-il pour vous plaire ? Vos goiits , vos sentiments , feront mon caractère.
Mon fils est glorieux , mais il a le cœur bon : Cela répare tout.
Oui , vous avez raison ; Et s'il reste entiché d'un peu de vaine gloire , Avec tant de mérite on peut s'en faire accroire.
LE COMTE
Non , je n'aspire plus qu'à triompher de moi ;
Du respect, de l'amour, je veux suivre la loi.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à me vaincre.
Il faut se faire aimer; on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation.