‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Destouches (volume 2)Chapitre 33 sur 232 · LA COMTESSE, VALÈRE, PASQUIN · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, VALÈRE, PASQUIN

LA COMTESSE, h Valère.

Eh bien ! monsieur, vous avez donc résolu de me désespérer ?

V ALÈRE.

Moi , madame ? Je n'ai nulle intention de vous faire de la peine.

PASQUIN, a la com tesse.

Il ne songe pas seulement que vous soyez au monde.

LA COMTESSE

Je ne le sais que trop... (à Valère.^ Qu'est-ce

donc que cette partie de chasse que vous \enez

de faiie ?

V A LE RE

Madame, avec votre permission, je n'ai point de compte à vous rendre.

LA COMTESSE

Tu n'as point de compte à me rendre , petit scélérat! Je te ferai bien parler... Il faut que tu me dises tout-à-l'heure où tu as été pendant huit jours. Oseras-tu me soutenir que c'est au château de Clitandre ? Je t'y attendois , intidèle ! et je me flattois que l'amour t'y feroit voler.

PASQri>-.

Madame, il avoit prié l'amour de l'y conduire; mais , par malheur , ils ont manqué le chemin , et ils se sont égarés tous deux.

LA COMTESSE, à f^alère.

Et deviez-vous le suivre , ingrat , puisqu'il vous ronduisoit en des lieux où je n'étois pas ?

P ASQU IN.

Il ne savoit pas les chemins, madame , ni moi non plus. L'amour est aveugle , à ce que j'entends dire ; quand on le prend pour guide, on est sujet à se fourvoyer.

LA COMTESSE

Tout ce galimatias est inutile ; je veux qu'il réponde lui-même à mes questions.

bCÈNE XIV.

VALÈRE

Il VOUS sied bien , madame , de me faire des rej)ioches , après avoir fait tout ce qu'il falloit pour me brouiller avec mon père ! Si mon absence vous avoit causé de l'inquiétude, il falloit vous expliquer avec moi; je vous aurois éclaircie de tout: mais , après le tour que vous venez de me faire, je vous déclare que vous ne saurez rien. LA CQ-siTESSE^ le menaçant.

Je ne saurai rien ? Tu t'expliqueras, ou je t'étranglerai.

PASQUIN

Laissez-le là , madame. C'est un petit opiniâtre qui ne parlera point, je vous en réponds. Je vais vous dire naïvement ses pensées , moi.

LA COMTESSE

Eh bien ! parle : je te récompenserai de ta sincérité.

PASQUIX.

Vous avez beaucoup de tendresse pour lui?

LA COMTESSE

Cela ne peut pas s'imaginer. J'en perds l'esprit, mon pauvre Pasquin.

PASQUIN

Cela est visible... Vous voudriez qu'il v répondît par une tendresse égale à la vôtre ?

LA COMTESSE

N'ai-je pas lieu J'y prétendre ?

PASQUIN

Il y a du pour et du contre dans cette affaire-là. Il connoît vos sentiments pour lui; il en est pe'nétré de reconnoissance : avec cela, madame, je gage cent louis contre vous qu'il ne pourra jamais vous aimer.

LA COMTESSE

Il ne pourra jamais m'aimer, monsieur le coquin ! Je ne sais qui me tient que je ne t'arrache les yeux.

PASQUIN

Doucement, s'il vous plaît. Ce n'est pas moi qui suis insensible à vos charmes. Au contraire, je les trouve tout-à-fait piquants , quoiqu'ils ne soient pas de la dernière édition.

LA COMTESSE

Il ne pourra jamais m'aimer!... (à f^alère.) Me dit-il vrai, perfide ?

v A L È n E , a vec ern ha iras.

Madame... en vérité... je suis dans la confusion; et si mon cœur étoit... (à Pasrjuin.) Pasquin , explique tout cela à madame la comtesse. LA c o M T E s s E , rt Pasqu in .

Page 1