SCÈNE XIV
PASQUIN
Non, madame... Mais c'est votre faute, et ce n'est pas la sienne.
LA COMTESSE
C'est ma faute ! Après tout ce que j'ai fait !
P ASQUIN
Cela est vrai, nous n'en disconvenons pas; mais il dit que vous avez dans la physionomie tant de noblesse , tant de majesté', je ne sais quoi de si grave et de si imposant, qu elle ne peut lui inspirer que de l'estime et du respect. L'amour ne se frotte point à des personnes si vénérables.
LA COMTESSE
Si ma physionomie lui inspire du respect , mes regards ont dû lui inspirer de l'amour.
PASQUIX.
Voilà de quoi nous ne convenons pa*.
LA COMTESSE
Vous n'en convenez pas?
VALÈRE
Tenez, madame, je vous ai trop d'obligation et je suis trop galant homme pour ne pas vous parler sincèrement. Souffrez donc que je vous désabuse, et que je vous dise, avec tout le respect que je vous dois...
â« LE TRIPLK MARIAGE.
LA COMTESSE, l'interrompant.
N'achève pas, perhde ! je vois où tend ce discours.
PASQUI>\
Mais aussi vous avez tort, madame.
LA COMTESSE
J'ai tort? Moi , j'ai tort? Et en quoi , s'il vous plaît ?
PASQUIX.
Vous avez tort d'être venue au monde une vingtaine d'années avant lui. Pourquoi diable vous pressiez-vous si fort? Puisque vous deviez l'aimer avec tant de tendresse, il falloit prendre si bien vos mesures qu'il vînt au monde cinq ou six ans avant vous.
LA COMTESSE
Cela dépendoit-il de moi?
VALÈRE
!Xon, madame... mais il ne dépend pas plus de moi de vous aimer,
LA COMTESSE
Il ne falloit donc point me tromper par de fausses protestations.
PASQITIN.
Ce n'est pas à lui qu'il faut vous en prendre.
LA COMTESSE
Eh! à qui donc ?
set ni: XIV. 59